Mohed Altrad : les dessous d’un management implacable et musclé

Son parcours est atypique, intrigant. Fils de bédouins syriens, parti de
rien, Mohed Altrad a bâti un empire. Élu entrepreneur mondial de l’année 2015,
30
e fortune de France, il est aujourd’hui à la tête de 42 000 employés.
Président du club de rugby de Montpellier depuis neuf ans, Mohed Altrad brigue
désormais le fauteuil du maire de la ville. Si sa réussite est saluée, ses
méthodes de management peuvent être contestées : il n’est pas un adepte du
compromis. Affaires, sport et politique : comment le milliardaire gère t-il ses
troupes ? Enquête sur un management aux multiples visages.

C’est un livre de près de 600 pages, intitulé Les chemins du possible
signé Mohed Altrad. Un pavé, traduit en anglais, que l’homme d’affaire
distribue à tous ses collaborateurs. C’est une habitude chez Mohed Altrad. Il
offre systématiquement des livres, de préférence les siens, à ses visiteurs. Les
chemins du possible
est une « charte des valeurs visant à promouvoir la
culture du groupe Altrad ». Le milliardaire y détaille par le menu ses méthodes
de management. Subsidiarité, autonomie des filiales, confiance, souplesse...
Des principes abondamment déclinés sur plus de vingt chapitres. 

Cette profusion de mots tranche avec la discrétion des sources que nous
avons contactées : quand il s’agit d’aborder le management de Mohed Altrad,
nombre d’interlocuteurs sont frileux. Se ferment. Se rétractent ou acceptent de
témoigner mais uniquement sous le sceau de l’anonymat. « Chez Altrad, toutes
les vérités ne sont pas forcément bonnes à dire » lance un salarié du site de
Florensac, dans l’ouest de l’Hérault.

Aux affaires, en politique ou dans le sport, Mohed Altrad applique des
méthodes de management jugées  « autoritaires », « brutales ». Il donne le
tempo. Tout le monde le suit. Personne n’ose faire de vagues. 

De Florensac à la multinationale : où sont les syndicats ?

Acquise à la barre du tribunal de commerce en 1985 pour une bouchée de pain, l’entreprise Mefran à Florensac, spécialisée dans les échafaudages, est la première pierre de l’empire Altrad. Le groupe est aujourd’hui devenu tentaculaire et s’est diversifié. Grâce à une stratégie agressive de croissance externe, il représente 42 000 salariés éparpillés dans une centaine de pays. Son chiffre d’affaires consolidé atteint 3,1 milliards d’euros. En trois ans, de 2015 à 2018, le groupe a quadruplé sa taille. Dans une logique de filialisation, le site historique de Florensac a été re-découpé, fusionné puis réorganisé. La société héraultaise s’est muée en quatre entités : Altrad Équipements, Altrad Collectivités, Altrad International et Altrad Plettac Mefran. Alors que les représentants syndicaux pesaient, au prorata du nombre de salariés, ce re-découpage a fait chuter les effectifs de 300 à une cinquantaine aujourd’hui. Et avec eux, le nombre de délégués du syndicat. « Nous n’avons plus de pouvoir, nous n’avons plus de comité », raconte un délégué de la société Altrad Équipement. Cette seule entité est passée de 160 à 34 personnes, sans licenciement mais avec des enveloppes négociées à l’amiable et des périodes de temps partiel imposées.

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