Muriel Ressiguier : « le PS doit clarifier son positionnement »

 
Candidate aux législatives sur la deuxième circonscription de l’Hérault (100% montpelliéraine), la conseillère régionale du Parti de gauche s’engage dans le mouvement de la France insoumise porté par Jean-Luc Mélenchon. Entretien avec une militante, salariée à la CPAM, qui compte bien occuper l’espace électoral pour diffuser ses idées.

La France insoumise renvoie à la notion de collectif mais le message n’est-il pas effacé par l’ultra-personnification de Jean-Luc Mélenchon ?   
Il y a ce que montre les médias et ce que retiennent la masse des gens qui ne s’informent que par ce biais-là. La majorité des médias ne s’intéresse pas aux militants mais à l’homme qui incarne et porte le programme. Il y a aussi le caractère de la Ve République qui renforce cette personnification de la politique, c’est d’ailleurs pour cela que nous la combattons. Ceci dit, si vous regardez les autres candidats, c’est pire : on ne sait même pas s’il y a des gens derrière eux.
 
L’importante utilisation des réseaux sociaux par Jean-Luc Mélenchon permet-elle vraiment d’engranger des voix électorales ?
C’est un système parallèle, qu’on, qu’il, a trouvé pour toucher une autre partie de la population. Cette population qui ne lit pas la presse, qui ne regarde pas les journaux télévisés et qui donc ne s’informe que par les réseaux sociaux. On ne s’attend pas à ce que cela fasse tout dans une campagne mais pour savoir si cela fait gagner des points, il fallait au moins le faire. En tout cas, je ne pense pas que cela en fasse perdre. Tout le monde disait que si Hamon gagnait, Jean-Luc Mélenchon allait décrocher. Et non, il n’a pas décroché dans les sondages.
 
Quelles sont les mesures fortes de votre candidat dans lesquelles vous vous retrouvez ?
La sixième République. Elle est fondamentale pour pouvoir changer les choses. J’ajouterai les mesures sur la transition énergétique. Enfin, le droit de vote des étrangers qui reflète notre vision de l’humain et du vivre ensemble.
 
Pourquoi ne pas trouver d’entente avec Benoît Hamon, le vainqueur de la Primaire socialiste ?
La réalité de la situation n’est pas propice à ce rapprochement. Le partenariat n’est pas naturel car le PS n’est pas forcément à gauche, il doit clarifier son positionnement. Avec Benoît Hamon, nous n’avons pas le même programme malgré les effets d’annonce. Par exemple, sur la loi Travail, Hamon recule un peu. Il ne faut pas confondre ce à quoi nous aspirons, c’est-à-dire gouverner avec une union de la gauche, et la réalité de la situation. Hamon a été désigné par défaut, en réaction à un gouvernement dont plus personne ne voulait. Mais il n’a pas la main sur sa formation politique. Une partie de l’aile droite du PS commence à lui taper sur l’épaule pour lui demander de faire attention à son programme. Alors, pas question de se renier au profit de quelqu’un qui ne maîtrise pas son appareil, encore moins lorsqu’il gouvernera. C’est déjà voué à l’échec. Si on cède, les gens ne nous le pardonnerons pas et ils auront raison. Jean-Luc Mélenchon a la lucidité de ne pas se laisser enfermer et de ne pas trahir les gens qui le portent.
 
Finalement, est-ce que Manuel Valls n’aurait pas été un meilleur adversaire pour vous ?
Oui et non. S’il était sorti vainqueur, ça aurait été terrible pour la gauche. Sa victoire me rassure : il y a encore des socialistes et des sympathisants qui souhaitent un PS de gauche.  Et ça nous aide car ce qui compte, c’est la progression de nos idées. Moi, ce qui m’intéresse, c’est qu’un jour nos convictions arrivent au pouvoir.
 
Au Conseil régional d’Occitanie, vous appartenez pourtant à une majorité de gauche plurielle…
Elle est vendue comme une gauche plurielle mais je ne la considère pas comme telle car mon parti, le Parti de gauche, a réalisé une fusion technique. Quand on a des désaccords, nous les assumons et nous n’avons pas peur de rentrer dans des conflits. Il y a eu des points de tension très forts comme sur la gare de la Mogère. Au début, ce n’était pas facile de faire entendre au PS et au PRG (Parti radical de gauche, ndlr) ce qui s’y passait. On a bataillé très dur et très fermement pour aboutir à l’arrêt des subventions de la Région et réorienté l’argent vers les transports du quotidien pour un meilleur maillage du territoire. C’est une victoire de toutes les composantes de notre groupe comme celle sur la gratuité des manuels scolaires. Même si elle est sur une ligne politique distincte de la mienne, Carole Delga est à l’écoute, nous sommes dans une relation franche.
 
Avec plus d’un an de mandature, que pensez-vous de cette fusion des régions ?
Nous étions opposés à la loi NOTRe et à la fusion des régions. Un aussi grand territoire déshumanise l’institution. Les gens ne savent plus à qui s’adresser. Les élus qui doivent se positionner sont éloignés des sujets concernés. Par exemple, sur un lycée qui se situe à l’autre bout de votre territoire, vous n’avez pas le temps de vous prononcer de la même manière que si vous connaissez les acteurs et les lieux. De plus, cette réforme ne génère aucune économie. A nous désormais de limiter les dégâts.
 
Qu’est-il possible de réaliser pour stopper la gabegie de la gare de la Mogère ?
Nous pouvons encore arrêter les travaux. Philippe Saurel, le président de la métropole de Montpellier, peut interrompre les financements. Nous dénonçons ce contrat de dupe. L’Etat doit s’en mêler et doit stopper la fin de la récréation. Si on ne l’arrête pas, ça sera la double peine : on va payer pour un équipement qui ne sera jamais rentable.
 
Il y a trois ans, vous étiez candidate aux municipales de Montpellier et avez refusé un accord d’entre deux tours avec Philippe Saurel. A mi-mandat, quelle analyse portez-vous sur le paysage politique local ? 
Nos bases étaient contre cet accord. Je ne regrette absolument pas cette décision. De nombreux militants nous ont remercié de ne pas avoir cédé. Philippe Saurel a récupéré les voix du Parti communiste qui poussait à cet accord pour rentrer dans la gouvernance. Depuis, le paysage politique s’est recomposé. Le maire hors des partis, ratifiant de la droite à la gauche, a pris le dessus sur le parti socialiste qui a implosé. De notre côté, le parti de gauche, nous nous sommes renforcés.
 
Quel bilan dressez-vous de la majorité municipale ? 
Je regrette le manque de vision pour la ville ainsi que la volonté de faire du bling-bling en remettant au goût du jour les folies à 5 000, 6 000€ le m2. Rien de nouveau non plus, Montpellier continue à se déplacer vers la mer de manière aberrante sans consulter la population alors que la démocratie participative était l’un des axes forts de sa campagne. Il y a des réunions dans les quartiers mais l’avis des gens n’est pas pris en considération. On transfert un stade au sud, puis les facs mais que fait-on de l’existant dans une ville avec 26% de personnes qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté ? On laisse les classes populaires et moyennes sur le carreau. Est-ce que la priorité, c’est dépenser des millions d’euros sur une gare dont nous n’avons pas besoin ?
 
Vous militez pour la ligne 5 de tramway. Philippe Saurel a avancé d’un pas sur le sujet en annonçant la création d’un premier tronçon au Nord, entre Saint-Eloi et Agropolis, pour desservir les campus universitaires de la route de Mende…
(Rires) Pour moi, ce n’est pas suffisant. Ça manque de cohérence. On ne procède pas par petits bouts sans avoir la vision finale. L’Ouest de Montpellier a besoin de la ligne 5. On a quand même le sentiment que c’est une annonce pour solliciter l’indulgence. Mais ce qui est intéressant, c’est la globalité. En procédant ainsi, on ne sait même pas si pour Philippe Saurel cette ligne est nécessaire.
 
Il y a 40 ans, Georges Frêche s’emparait de la mairie. Aujourd’hui, la classe politique locale ne semble-t-elle pas en perte de repères ?
Indépendamment de son caractère, c’était quelqu’un qui avait une vision, un projet pour le territoire, que l’on partageait ou non. Il avait une certaine intelligence politique. Ceux qui gravitent désormais dans la sphère socialiste ont été façonnés par lui. Le problème, c’est que les choses bougent et évoluent : le développement de la ville vers le sud était moderne il y a 20 ans. Mais aujourd’hui, il faut changer de braquet et offrir une autre vision. Il faut un renouvellement de la classe politique et surtout de la manière d’appréhender la ville. Est-ce que l’on travaille sur une réelle mixité, est-ce que l’on favorise le sport et la culture pour tous ? C’est un vrai choix.
 
Aux prochaines législatives, vous devriez vous confronter, entre autres, à une candidature du parti communiste. Comment appréciez-vous la multitude des investitures de gauche sur la seconde circonscription ?
C’est comme ça… Je ne m’en préoccupe pas. Si on est comptable, force est de constater que cela fait perdre quelques points. Après, le PC va à l’encontre d’une dynamique, celle de la France insoumise. Cette circonscription n’est pas facile car elle est foncièrement socialiste. Je ne compte pas m’effacer pour éviter le pire. C’est aux électeurs de choisir. Si le Front national l’emporte, je ne vois pas pourquoi ce serait à cause des idées que nous portons. Il faut s’emparer de cette tribune pour les diffuser et ne pas laisser l’espace vide au profit du FN ou du PS mou qui trahit. Est-ce que c’est la déchéance de nationalité, la loi Travail, l’Etat d’urgence, que nous voulons pour cette circonscription ?
 
Propos recueillis par Benjamin Téoule
 

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