Alain Derey, directeur de l’école d’archi de Montpellier, démissionne dans un contexte de malaise généralisé

Ce départ intervient après le résultat d’un audit sur les risques psychosociaux qui accable le fonctionnement de l’établissement et pointe de nombreuses souffrances au travail et des comportements inadaptés de la direction.

La nouvelle est tombée ce mercredi 26 août. En fin de matinée, lors d’une réunion du comité de direction, Alain Derey a annoncé qu’il quittait ses fonctions au sein de l’école nationale supérieure d’architecture de Montpellier (Ensam). Le directeur de l’établissement a indiqué qu’il avait reçu « une offre qui ne se refuse pas ». Ce haut fonctionnaire devrait se retirer du réseau des écoles d’architecture sous la tutelle du ministère de la Culture. Nommé en 2014, Alain Derey avait été renouvelé en 2018. Proche de la retraite, il lui restait encore deux ans de contrat à la direction de l’établissement. Il assurera la rentrée avant de céder son poste à l’issue du mois d’octobre.

Dans un e-mail adressé au personnel enseignant de l’Ensam, Alain Derey remercie ses collègues et souligne une école « considérée comme un acteur essentiel de l’enseignement supérieur ». Il dresse un bilan très positif de ses six années à la tête de l’Ensam. Mais en réalité, Alain Derey s’en va dans ses petits souliers. Il laisse un établissement qui s’est enfoncé petit à petit dans la crise. En mai dernier, Le d’Oc avait révélé d’importants dysfonctionnements : management déficient, mal-être au travail, arrangements entre amis, perte de confiance envers les différentes instances ainsi que des propos sexistes et comportements à connotation sexuelle… C’est le tableau noir dressé par un audit pour évaluer les risques psychosociaux au sein de l’école. Dans une première version, l’étude associait Alain Derey à « des attitudes hostiles, parfois perçues comme discriminantes, agressives et humiliantes ». Les carences du directeur de l’école sur le harcèlement sexuel étaient aussi relatées. Les auteurs mis en cause avaient tout simplement disparu dans le document définitif. Un rapport édulcoré présenté en catimini, au milieu de l’été, contre l’avis de plusieurs membres du conseil d’administration qui préféraient attendre la rentrée et de meilleures conditions pour la restitution, comme notre journal l’avait raconté le 31 juillet.  

Auprès du personnel enseignant, Alain Derey ne revient jamais sur ces faits. Il n’évoque pas non plus l’immense chantier pour réduire les souffrances de ses effectifs. Il se contentera d’observer « un contexte parfois difficile, notamment sur un plan financier. »

Le ministère de la Culture, informé depuis plusieurs années des déboires de l’Ensam, est toujours resté silencieux. Aurait-il réagi après la découverte du résultat de l’audit en conviant Alain Derey à trouver une porte de sortie ? L’interrogation se murmure dans les couloirs de l’établissement.

Selon nos informations, Alain Derey se verrait bien rebondir dans le privé, à la direction de Sauramps. La célèbre librairie montpelliéraine, fondée dans l’après-guerre, a été reprise en 2017 par deux actionnaires dont François Fontès, l’un des architectes les plus en vue dans la région.

BT

Photo : Xavier Malafosse

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