À Montpellier, l’incompatibilité entre anti-pub et solidarité avec les migrants

« Que JCDecaux nous mette au tribunal pour nous réclamer une somme d’argent qui doit être dérisoire pour une société comme là leur, ça semble un peu ridicule quand même. » Titouan n’en revient toujours pas. L’un des quatre prévenus dans l’affaire dite des « afficheurs solidaires », comparaissait au tribunal de police de Montpellier le 10 mai dernier, en présence d’une dizaine de membres du collectif Migrants bienvenue 34 venus les soutenir.

Titouan, Julien, Sarah et Cécile sont donc poursuivis pour avoir, le 16 juin 2017, ouvert les panneaux d’affichage JCDecaux, enlevé les affiches publicitaires qu’ils contenaient, les avoir jetées à la poubelle puis remplacées par des affiches de sensibilisation au sort des migrants. Une action de désobéissance civile, qualifiée de « propagande anarchiste » par la police selon Me Ottan, avocat des quatre militants.

La multinationale, qui n’a pas envoyé d’avocat à l’audience, évalue le préjudice à 3016,32 euros. Soit 1643,88 euros pour sept affiches, 134,08 euros pour des tubes fluo qui auraient été endommagés et 16,10 euros pour une cartouche de fusibles, auxquels s’ajoute la main d’oeuvre des employés envoyés pour retirer les affiches. Des dégradations contestées par les afficheurs solidaires qui affirment s’être munis « d’une clé, très facile à fabriquer, pour ouvrir les panneaux sans les forcer ni les casser. »

Trois mille euros de dommages-intérêts leurs sont néanmoins réclamés auxquels s’ajoutent  300 euros d’amende par tête requis par le procureur de la République. Délibération prévue le 14 juin prochain. Quant au débat sur la publicité dans l’espace public ou sur une possible municipalisation des mobiliers urbains d’information, à l’exemple de Grenoble… Il se fait toujours attendre.

 

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Saurel et le FN : un sport extrême à l’extrême souplesse

Philippe Saurel, le maire de Montpellier, s’inquiète de « la montée de l’extrême droite en Europe », à deux semaine des élections européennes. L’édile annonce donc voter pour la liste conduite par Nathalie Loiseau soutenue par le président de la République Emmanuel Macron. Car pour lui, « l’éparpillement des voix est un risque trop important que nous ne devons pas faire courir à nos démocraties. » En 2014, quelques semaines après sa prise de pouvoir à l’Hôtel de Ville, Philippe Saurel s’était pourtant mis en retrait du débat européen. Et le Front national était arrivé en tête sur Montpellier (18%). Trois ans plus tard, alors qu’il venait de parrainer Emmanuel Macron pour la présidentielle, il recevait Robert Ménard, élu maire de Béziers avec la complicité du FN, préférant cette fois-ci choyer le festival des sports extrêmes plutôt que de lutter contre l’extrême droite. Mais tout ça, à moins d’un an des municipales, ce n’est que du passé.

Car Philippe Saurel n’est pas le seul à changer de posture au gré de l’agenda politique. Ainsi, Anne-Yvonne Le Dain, actuellement présidente de l’Agora des savoirs, a déjà fortement critiqué le maire de Montpellier, pointant aussi la réception du sulfureux patron de la cité biterroise.

Sur sa page Facebook, le 31 mai 2017, la députée sortante de la 2e circonscription de l’Hérault, faisait un petit point avant les élections législatives. Elle commentait alors la « désinvestiture » du parti socialiste et ses résultats « plutôt désastreux au niveau national et local. » Dans sa publication, elle rappellait aussi que Philippe Saurel, son suppléant sur la précdente législature, l’a lâchée « au nom des calculs politiciens des investitures EM ! (En Marche le mouvement du président Emmanuel Macron, ndlr) car il ne s’entend pas trop avec l’équipe départementale. » Et l’ex-adjointe de Georges Frêche à la mairie de Montpellier continuait de fustiger Philippe Saurel : « je note que depuis il accueille en grande pompe le maire quasi-FN de Béziers, Robert Ménard, au FISE. » Mais ça, c’était avant qu’elle ne soit missionnée pour remplacer Michel Miaille pour organiser le cycle de conférences à destination des « passionnés de la science et de la connaissance », sur demande de Philippe Saurel. Dans la capitale héraultaise, la politique est un sport extrême qui nécessite beaucoup de souplesse.

 

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Montpellier : le maire votera Loiseau, un soutien qui pourrait peser cher ?

C’est par un communiqué de presse de la Ville et de la Métropole que les Montpelliérains l’ont appris : Le Président et Maire Philippe Saurel prône un « vote utile » pour les élections européennes en faveur de la liste Renaissance conduite par Nathalie Loiseau.

L’information n’a pas troublé outre mesure la campagne. Pourtant, elle pourrait valoir à son auteur et son destinataire son lot de publicité. En effet, les deux communiqués de presse sont présents à la fois sur le site de la Ville et sur celui de la Métropole, et renvoie par ailleurs le « contact presse » à un agent des deux collectivités chargé de répondre aux journalistes sur cette question.  Au terme du code électoral, le fait d’afficher un soutien à une liste sur le site d’une collectivité territoriale s’assimile à un don à la campagne électorale de la liste. Et le code électoral interdit les dons des personnes morales, collectivités territoriales incluses. Cette interdiction est valable pour les élections européennes, comme le rappelle le site du Ministère de l’Intérieur.

« L’utilisation d’un site Internet d’une collectivité territoriale pour les besoins de la campagne électorale d’une liste est assimilable à un financement par une personne morale, prohibé par le deuxième alinéa de l’article L. 52-8. »

Mobiliser un agent de la collectivité pour ce même soutien équivaut aussi à un don d’une personne morale. Et est donc aussi interdit par ce même article L.52-8 du code électoral.

Cette obligation de neutralité des collectivités territoriales, et l’interdiction absolue d’utilisation des moyens de la collectivité aux besoins de la propagande d’une liste est par ailleurs lourdement sanctionnée. Le législateur a renforcé en 2017 le barème des sanctions, modifiant l’article L.113-1 du code électoral pour porter à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende le fait, pour une personne morale et ses dirigeants, d’accorder un don en violation de l’article L. 52-8.  S’il s’avère que ce don a été fait avec l’accord de la tête de liste Nathalie Loiseau, elle devient elle aussi coupable et encourt les mêmes peines. Si, en revanche, la liste bénéficiaire s’avérait n’avoir pas donné son accord pour ce coup de pouce, c’est le donateur qui voit sa peine alourdie, encore 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende. Sachant que l’infraction est présente sur les sites internet des deux collectivités, la métropole et la ville, et que chaque site compte pour une infraction, les juristes de la ville et de la métropole risquent encore de s’arracher les cheveux sur cette nouvelle incartade de communication…

 

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Les droites de Larue

Il est entré sur le ring des municipales. Jeudi dernier, Alex Larue, conseiller municipal d’opposition Les Républicains à la mairie de Montpellier, a annoncé sa candidature pour le scrutin de mars 2020. Terminé les ambiguïtés avec son parti politique actuellement dirigé par Laurent Wauquiez. Cette fois-ci, l’avocat esquive les gauches et distribue des droites. « Je n’ai pas l’âme sacrificielle »… « C’est aussi la fin d’un cycle (…) Philippe Saurel n’est que la queue de la comète de Georges Frêche »… « Il n’y a pas de fatalité dans le déclassement de cette ville »… « J’ai passé l’âge d’avoir des idoles et de vouloir les singer »… Sur son appel à voter contre Stéphanie Jannin, adjointe au maire de Montpellier, lors des dernières législatives, au profit de l’insoumise Muriel Ressiguier ? Si c’était à refaire, Alex Larue n’hésiterait pas. « Même si elle bénéficiait à l’époque de la présomption d’innocence concernant une affaire de conflit d’intérêts, il était impossible qu’elle soit élue à l’assemblée nationale alors que le premier débat de la législature était la loi sur la moralisation de la vie publique. » Sur le sénateur LR Jean-Pierre Grand, absent remarqué de la conférence de presse qui promettait l’unité du parti ? « Ce n’est pas la première fois qu’il jouera contre sa famille politique. Je pense que ce sera la dernière fois » Bim ! Bam ! Boum ! Alex Larue n’est certainement pas le sportif de l’année. Mais il se contentera d’être le politique de la semaine.

 

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Le rassemblement national des casseroles

D’après Le canard enchaîné du mercredi 8 mai, l’eurodéputée montpelliéraine France Jamet est citée dans le rapport de l’Office européen de lutte antifraude (Olaf) de 2016 sur les soupçons d’emplois fictifs du Rassemblement national au parlement européen. France Jamet, également conseillère régionale d’opposition, se retrouve à la 20e place sur la liste conduite par Jordan Bardella. Dès son lancement, Le d’Oc s’était interrogé sur sa fonction d’assistante parlementaire auprès d’une députée européenne qui vivait dans les Bouches-du-Rhône. Mais que France Jamet se rassure, elle n’est certainement pas la seule à avoir un comportement douteux avec les deniers publics. Le canard recense neuf autres candidats de la liste qui possèdent de belles casseroles : « au RN, on ne laisse pas tomber les élus en difficulté. Une élection à Strasbourg vaut, en effet, immunité. »

 

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