Le béton, la grue et le testament

Une grue survolera-t-elle bientôt la rue Bernard Blier dans le quartier de la Croix d’Argent ? Dans le ciel montpelliérain, ces oiseaux d’acier qui font l’orgueil de la ville sont parfois de mauvais augure pour les riverains.
 
Les riverains de la rue Bernard Blier observent impuissants le ballet des pelleteuses. Ils sont aux premières loges car leurs petites villas ceinturent cette parcelle de 5 000 m2. « Stop au béton », « Madame Aveilla doit se retourner dans sa tombe », dit une petite affichette à l’entrée du terrain, que l’ancienne propriétaire, sans descendance, avait légué à la Ville en 2007.
 

Un testament annulé

« Le testament de Guillaumine Aveilla était formel, elle voulait absolument que son jardin soit préservé et accessible à tous » dit Michel Fargier, témoin lors de la rédaction de l’acte devant notaire. La mairie de Montpellier a accepté le leg en décembre 2007. Mais un an plus tard, elle a rétropédalé. Les élus craignaient que les héritiers de Monsieur Aveilla, qui est décédé un mois après son épouse, contestent la petite indemnité proposée par la municipalité pour leur part d’héritage. La Ville renonce donc au leg « compte tenu de cette difficulté et du risque de contentieux, long et hasardeux », dit la délibération du conseil municipale signée par Philippe Saurel, à l’époque adjoint au maire Hélène Mandroux.
« On s’est plusieurs fois proposés de racheter le terrain pour s’assurer que les dernières volontés de Mme Aveilla soient respectées, dit Guy Dussaut, un des riverains. Mais notre proposition est restée lettre morte ». Au printemps 2014, des visiteurs leur annoncent qu’ « on va leur changer le décor ». Ils découvrent le projet d’aménagement d’une quarantaine de logements et de trois villas par Les Nouveaux Constructeurs auquel la mairie a accordé un permis.
Les riverains lancent alors un recours contentieux devant le tribunal administratif, qu’ils perdent. Fin 2018, le chantier se prépare. Le refus du leg a débouché sur l’annulation du testament de Mme Aveilla. La dévolution successorale s’est donc faite selon la loi. Un généalogiste a retrouvé une dizaine d’ascendants, qui ont dû s’entendre sur l’avenir de la parcelle et l’ont finalement vendu fin janvier 2019 au promoteur.
 

Le chantier commence

Les pelleteuses sont entrées en action fin mars. Difficile d’imaginer que ce terrain vague jonché de remblais en partance pour la déchetterie était hier un havre de paix verdoyant. Une cinquantaine d’arbres git sur le flanc. Deci-delà, une dizaine d’arbres voués à rester sont entourés de rubalise blanc et rouge, ou marqué au spray orange fluo. « Les oisillons et les hérissons, qui n’ont pas pu s’enfuir à temps, ont été broyés », explique Guy Dussaut, qui a retrouvé des animaux déchiquetés dans son jardin. « Philippe Saurel nous parle de végétaliser nos quartiers, et là on assiste à une aberration écologique » s’exclame Roger Ledoux. « La mairie nous répète que tout est en règle et qu’on doit s’estimer heureux, qu’on aurait pu nous mettre un immeuble plus haut », dit Régine Ricard, qui a interpelé plusieurs élus lors d’une réunion publique.
L’absence de dialogue promet de créer des casse-tête en série. Pour que le terrassier puisse monter sa grue, il faudra bien qu’il ait l’accord des riverains pour survoler leurs parcelles.
Clotilde de Gastines
 
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