"Gilets jaunes" : l'exercice délicat du maire de Montpellier

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« Gilets jaunes » : l’exercice délicat du maire de Montpellier
Le 1er décembre, sur la Place Georges-Frêche, Philippe Saurel recevait plusieurs « gilets jaunes » après une nouvelle journée de mobilisation. « Je partage certaines de vos revendications », avait-il d’ailleurs répondu, prenant soin d’éviter la formule « je vous ai compris ». Son entourage était ravi. Il saluait « le maintien de l’inauguration du marché de Noël contrairement à Toulouse » et vantait une forme de courage politique en étant « le premier maire de l’est du département à dialoguer avec eux (Robert Ménard à Béziers ayant rapidement montré sa proximité avec les « gilets jaunes », ndlr). » Sur cette lancée, hors des partis politiques, l’édile a demandé de transformer l’affiche de publicité institutionnelle qui valorise la non augmentation du taux d’imposition pour la mettre sur un fond jaune alors qu’elle était jusqu’à présent sur un fond orange. Un alliage entre opportunisme et populisme… Mais l’exercice est délicat. Car dans le même temps, Philippe Saurel continue de soutenir Emmanuel Macron alors que le clivage entre les gilets jaunes et le président de la République reste profond.
Dans la capitale héraultaise, la mobilisation ne faiblit pas. Bien au contraire. Samedi dernier, le cortège de l’acte 8 a rassemblé environ 3 000 manifestants. Et de tout profil : des jeunes, des plus âgés, des femmes, des hommes, des étudiants, des travailleurs, des retraités, des personnes chantant La Marseillaise et agitant le drapeau tricolore, des militants anarchistes habitués des contestations sociales… De violents affrontements ont eu lieu avec les forces de l’ordre faisant plusieurs dégâts à la gare Saint-Roch, paralysant le trafic des trains, perturbant l’activité commerçante de l’Ecusson avec des heurts au Jeu-de-Paume, rue de la Loge, Place Jean-Jaurès et rue Foch. Le mobilier urbain a été dégradé. « C’est dangereux pour les citoyens et l’économie de la ville, a réagi lundi Philippe Saurel sur France Bleu Hérault. Il faut plus de policiers sans pour autant museler la démocratie. »
Peut-être inspiré par le député LREM Patrick Vignal, le maire de Montpellier joue-t-il le rôle de médiateur ? Pas vraiment. Même s’il en serait fortement tenté, en refaisant notamment la promotion de son livre Réparer la République, publié en 2015 et un peu tombé dans l’oubli. Pour certains observateurs, le corpus idéologique se révèle difficile à cerner. Une critique que n’entendra pas Philippe Saurel, lui qui se définit comme « libre », « freestyle » et « socialiste ».
 

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Montpellier n’est pas épargnée par les violences policières
Samedi dernier, pour l’acte 8 des « gilets jaunes », de violents affrontements se sont déroulés entre les manifestants et les forces de l’ordre comme Le d’Oc le relate ci-dessus. Dans ce contexte tendu, les CRS ont fait usage à de nombreuses reprises de grenades lacrymogènes, des tirs de LBD40 et grenades de désencerclement. Mais les forces de l’ordre, armées et casquées, se sont aussi employées à plusieurs violences policières. Une vidéo circule sur Internet montrant des CRS jeter des pavés, un peu au hasard, en direction des manifestants. D’autres témoignages relèvent que des représentants de la sécurité publique ont frappé des personnes à terre, parfois déjà blessées. France Bleu Hérault a même annoncé qu’une manifestante allait déposer une plainte.
Dans un communiqué, Pierre Pouëssel, préfet de l’Hérault, « condamne avec la plus grande fermeté les exactions commises par des personnes violentes » sans jamais remettre en cause les violences policières. Suite à la mobilisation qui s’est tenue à Toulon, le préfet du Var a annoncé saisir l’IGPN, l’inspection générale de la police nationale, pour « faire la lumière sur les suspicions de violences policières ». Une enquête préliminaire a également été ouverte par le procureur de la République. Dans l’hexagone, depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », la police des polices a déjà ouvert 50 enquêtes. Chaque semaine, le récit des manifestants, appuyé par celui du personnel médical, se multiplie : mains arrachées, yeux tuméfiés, joues déchirées… En décembre dernier, un collectif d’avocats a rappelé que la France est aussi « le seul pays d’Europe a utiliser des munitions explosives en opération de maintien de l’ordre. »
 

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Chez Orchestra, le jaune est aussi à la mode
Nos nouvelles révélations sur les conditions de travail exécrables et la disproportion des salaires au sein d’Orchestra, le géant mondial de la petite enfance, ont fait grand bruit dans le groupe de Pierre Mestre. Quelques heures après nos publications, le soir du 20 décembre, le comité d’entreprise s’est réuni dans le cadre d’une réunion exceptionnelle. D’après le compte-rendu que Le d’Oc s’est procuré « le président du conseil d’administration a déclaré avoir été peiné par ces parutions, bien qu’il reconnaisse que les problématiques correspondent à des réalités. Il estime cependant que celles-ci sont totalement dénaturées et sorties de leurs contextes. » Toutefois, Pierre Mestre « est conscient des difficultés rencontrées et plus particulièrement dans le contexte économique actuel difficile. » Le dirigeant s’est aussi interrogé sur le but de nos articles, en se demandant « si cette action a pour unique volonté d’achever l’entreprise ? » Trois groupes de travail ont pourtant été mis en place pour apporter des solutions « immédiates » sur l’organisation, le management, et la politique salariale. Par ailleurs, Pierre Mestre a indiqué « ouvrir le recours aux heures supplémentaires pour les salariés de la logistique afin de réduire le nombre d’intérimaires. » Par la suite, un groupe Facebook a été créé par une salariée. La cause des « gilets jaunes » y a (évidemment) bonne presse.
 

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En pleine tourmente des gilets jaunes, Cadene sort du bois pour les municipales de Nîmes
En pleine tempête des « gilets jaunes », toujours pas remis de l’affaire Benalla loin d’être terminée, le gouvernement commence la nouvelle année dans de très mauvaises conditions. Peu importe pour le gardois Nicolas Cadène. Le rapporteur général de l’observatoire sur la laïcité, toujours membre du parti socialiste bien que très proche de La République en marche, fait un pas de plus pour sa candidature aux municipales de Nîmes. « Je suis intéressé par une candidature à la mairie, a-t-il confié hier sur France Bleu Gard-Lozère. Je m’inscris dans une démarche qui déconnecte, dans une certaine mesure, les enjeux locaux des enjeux nationaux. » Et de militer pour « un rassemblement de compétences plutôt que le marchandage de places entre grands partis. » Voilà une nouvelle ambition pour essayer de profiter de la guerre des droites qui oppose Yvan Lachaud, le président de l’agglomération, au maire Jean-Paul Fournier.
 
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