Mosquée Averroès : départ de l’imam sous haute-tension

Ses papiers non renouvelés, Mohamed Nayma a été licencié par l’association ACMIR. La gouvernance de celle-ci fait d’ailleurs l’objet de nouvelles convoitises. A quelques jours du ramadan, la grande mosquée Averroès du quartier de la Mosson à Montpellier, plonge dans une nouvelle crise. Et cela à peine trois ans après le départ médiatique de l’imam Farid Darrouf.

Ces dernières semaines, les fidèles de la mosquée montpelliéraine Averroès sont à cran. L’association ACMIR (Association culturelle de la mosquée IBN Rouchd de Montpellier et sa région) vient de mettre un terme au contrat la liant à leur imam, Mohamed Nayma, arrivé il y a moins de trois ans. La raison ? Depuis le début de l’année, l’imam s’est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour par la Préfecture de l’Hérault. Pourtant, Mohamed Nayma a souhaité rester dans ses fonctions et a continué le prêche jusqu’à il y a encore quelques jours. Le 31 mars, dans les colonnes de Midi Libre, au lendemain des attentats de Trèbes et Carcassonne, il lançait même « un appel à la communauté musulmane et à la communauté française afin d’être solidaires, d’éviter les amalgames entre terrorisme et musulmans et de travailler ensemble pour instaurer paix, stabilité et vivre ensemble ». Le religieux en profitait pour dénoncer « des guéguerres de pouvoir » entre les imams à Montpellier, regrettant même que chacun « ne tire pas dans le même sens (…) alors qu’il faut, au contraire, parler d’une seule et même voix ». L’imam en a également profité pour dévoiler ses ambitions, avançant même qu’il serait « candidat » pour devenir «président régional des mosquées » (une instance qui n’existe pas). Un discours plutôt audacieux pour une personnalité qui n’est pas en conformité avec les autorités françaises. L’interview ne passe donc pas très bien chez les membres de l’association. Les tensions s’amplifient alors. Sur Internet, certains s’organisent et lancent une pétition de soutien. Elle recueillera un peu moins de 300 signatures. Le 18 avril dernier, les proches de Mohamed Neyma font circuler un tract dans lequel ils accusent l’association d’avoir « franchi une ligne rouge ». De son côté Lhoussine Tahiri, le président de l’association, refuse de céder aux pressions. « S’il avait eu ses papiers en règle, il n’y aurait pas eu de problèmes. Nous ne l’aurions pas licencié », explique-t-il au d’Oc. Malgré tout, Mohamed Nayma n’entend pas ces arguments. Une vidéo le montre d’ailleurs en train d’arranguer les fidèles, au sein de la mosquée, en lisant à haute voix, micro à la main, un e-mail lui demandant de ne pas perturber le fonctionnement du lieu de culte sous peine d’intervention des autorités. L’imam réclame le vote démocratique des fidèles pour rester. « Une procédure qui n’existe pas », relève d’ailleurs un jeune pratiquant. D’aucuns relèvent : « un abus de position », semant la fitna, ne se pliant pas ainsi au devoir de mesure et de réserve. Finalement, dans l’urgence, le prêche du vendredi 27 avril a été assuré par un autre imam, venu spécialement du Maroc, pour essayer de retrouver l’apaisement. 

 

 

Des manœuvres pour récupérer la gouvernance de l’association

Cette situation confuse entraîne donc une période de latence dans la gouvernance de la plus grande mosquée montpelliéraine. La présidence de Lhoussine Tahiri, présent depuis l’origine de l’association (il y a plus de 20 ans) est aujourd’hui remise en cause. Quelques membres du bureau sont également dans le viseur des critiques pour leur activité à ses côtés depuis le début. La municipalité, ayant cédé pour 1M€ les locaux à l’association, la mosquée disparaît du giron de la Ville. Depuis 2016, l’argent des fidèles sur la base de dons, permet de rembourser l’échéancier. Celui-ci devrait être acquitté d’ici la fin de l’année même s’il resterait encore 250 000€ environ à rembourser. Beaucoup de ces sommes ont été encaissées en espèces. Mohamed Sbia, « ami » de l’imam licencié, regrette qu’il n’y ait « aucune visibilité sur l’argent récolté ». Cet expert-comptable de Juvignac s’active actuellement pour reprendre la main sur l’association. « Nous voulons changer les statuts et la rendre plus démocratique. Il est inacceptable de rester muet face aux désordres, au manque de transparence, et aux soupçons de détournement de fonds », déclare-t-il au d’Oc. Selon lui, avec le départ de l’imam, « la communauté musulmane est ébranlée et demande du changement ». Du coup, Mohamed Sbia, par l’intermédiaire d’un huissier de justice, a transmis un courrier pour demander l’adhésion de 43 personnes au sein de l’association. Il garantit même que « plus de 200 » devraient arriver car « la mosquée doit être protégée des dérives et doit être respectée, les femmes, les hommes et les jeunes veulent avoir une place pour décider de son avenir ». Une réunion a même été organisée au sein de la Maison de la démocratie, jeudi 19 avril. Autour de la table : Lhoussine Tahiri, à qui il aurait été demandé de quitter sa présidence, un imam en quête d’activité, Rabii Youssous l’adjoint au maire de Montpellier en charge du centre-ville, Mohamed Sbia et le chef d’entreprise Mohamed Boumédiane. Ce dernier, patron de Ziwit, spécialisée dans la cybersécurité, vient d’obtenir les faveurs de la presse locale pour son entrée dans le capital d’une société saoudienne qui œuvre dans la fibre optique. « Il fallait que les gens se parlent », justifie l’élu de Philippe Saurel. En vain… Aucune solution n’a été trouvée.

Face à la tentative de récupération de l’association par l’expert-comptable, un autre groupe s’organise. Emmené par Mohssin Bekaoui, il se qualifie de « jeunes disposant de diverses compétences ayant pour objectif d’apporter un nouvel élan à la mosquée tout en voulant faire fructifier le travail réalisé par le passé ». Il propose un nouveau mode de gouvernance s’appuyant sur des commissions pilotées par un comité de direction. Ce petit groupe devrait aider Lhoussine Tahiri à porter plainte contre Mohamed Sbia pour diffamation et pour harcèlement. Une plainte contre X pour trouble à l’ordre public devrait être aussi déposée.

A Montpellier, l’autonomie des fidèles a donc un coût, mais pas forcément financier. Plutôt celui des querelles et des grandes manœuvres de pouvoir.

Benjamin Téoule

Photo : Xavier Malafosse

Nous ne sommes pas parvenus à joindre l’imam Mohamed Nayma

 

Un prêt de 30 000€ qui divise

L’association ACMIR a prêté 30 000€ pour l’école Amana, un centre de scolarité trilingue dès l’âge de trois ans (arabe, français et anglais). Celle-ci a ensuite remboursé l’argent dans la légalité. Mais certains comme Mohamed Sbia critiquent le fait que cette opération se soit réalisée sans en informer les fidèles, ni l’imam. Mais en France, la gestion de l’association est séparée du culte.

 

Mohamed Nayma recruté dans l’urgence

Agé de 31 ans, l’imam est venu succéder en urgence à Farid Darrouf parti en 2015 car sa famille et lui se sentaient menacés. Venu de Belgique, avec un titre de séjour espagnol, le jeune imam faisait ses prêches en langue arabe même s’il lui arrivait de lire certains textes en français. « Il nous a été présenté par une connaissance, nous lui avons fait confiance », se souvient Lhoussine Tahiri. Et de préciser : « il a insisté pour qu’on lui signe un CDI, ce que nous avons fait. Son revenu était de 1500€ net, nous avons pris en charge ses déplacements, ses factures de téléphone et son logement. Mais depuis quelques mois, son comportement avait changé. Il semblait vouloir se mêler de beaucoup de choses et était très actif dans les cafés ». Avait-il des fréquentations douteuses ? Lhoussine Tahiri n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet.

 

L’ombre de Farid Darrouf

Trop médiatique, trop modéré, trop progressiste… A Montpellier, dans le quartier populaire de la Paillade, l’imam Farid Darrouf ne s’est pas fait que des amis. Son départ s’est réalisé dans des conditions troubles puisqu’il ne se sentait plus en sécurité. Aujourd’hui, il suit le licenciement de son successeur avec attention. « Mohamed Nayma n’est plus en adéquation avec le prêche républicain. Il y a eu un dérapage total dans son comportement. J’invite au retour au calme. Il faut désormais tracer une ligne claire pour que le jeune qui se retrouve dans le lieu de culte ne soit pas tenté de se délocaliser ailleurs », confie-t-il au d’Oc. Conseil de Lhoussine Tahiri, il reste en contact avec plusieurs fidèles de la mosquée Averroès. Reviendra-t-il dans la capitale héraultaise ? Farid Darrouf, engagé pour l’instant en Alsace, ne l’exclut pas.

 

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