Une fois la neige fondue, Montpellier glisse sur le terrain boueux des polémiques

Dans la capitale héraultaise, les jours qui ont suivi l’épisode neigeux ont laissé place aux polémiques, notamment sur les réseaux sociaux. Dimanche, Philippe Saurel, le maire de Montpellier et président de la métropole, a réagi devant la presse, remettant en cause les nombreuses critiques sur sa gestion de la crise. Mais l’édile n’a-t-il pas parlé trop vite ?
 
Les premiers flocons de neige tombés mercredi matin ont rendu Philippe Saurel d’humeur « poétique ». En conclusion d’un point presse sur le logement abordable, le maire de Montpellier imaginait à haute voix le plateau du Larzac recouvert d’un manteau blanc. Cinq jours plus tard, l’édile a changé de ton pour passer à l’offensive après les intempéries qui ont paralysé la capitale héraultaise. « La procédure de demande de classement de la Ville de Montpellier a été engagée au vu de l’intensité de l’épisode neigeux exceptionnel », a-t-il annoncé hier dans une conférence de presse organisée en urgence sans associer l’intercommunalité. Mais il semblerait que Philippe Saurel se soit aventuré hors-pistes. Ce lundi, dans un communiqué, la Préfecture du département rappelle que les différentes dispositions relatives à la prise en charge des dégâts subis lors des chutes de neige ne pourraient concerner que ceux occasionés « par les avalanches en montagne ».
Depuis plusieurs jours, le patron de la Place Georges-Frêche multiplie les sorties médiatiques pour promouvoir sa gestion de la crise. Dimanche, il a soutenu qu’un plan de la viabilisation hivernale a été présenté le 30 novembre dernier aux directeurs généraux des 31 communes de la métropole, aux élus présents en commission voirie, en informant les services de l’Etat. L’interruption de la circulation du tramway, pendant quasiment 48 heures, quant à elle, serait la conséquence de l’effondrement « des branches sur les caténaires ». Philippe Saurel expliquant aussi que « l’eau glacée à l’intérieur des gorges des rails a empêché les aiguillages de fonctionner, tout en soulevant les plaques sous les motrices ». Selon le maire, « dès 15 cm de neige, le tramway est arrêté dans toutes les villes sauf à Moscou ! ». L’opération de communication vise clairement à éteindre les polémiques grandissantes sur la responsabilité de la municipalité dans la pagaille présente en ville pendant près de trois jours.
Le premier « coup de gueule » est venu sur Facebook de Frédéric Lafforgue, le maire LR de Castelnau-le-Lez, se plaignant d’un matériel défaillant. « Je ne veux pas entendre que c’est l’état du matériel des communes transmis il y a plus de deux ans (à la métropole de Montpellier dans le cadre du transfert des compétences, ndlr). Les 31 communes ont versé plus de 800 000€ par an dans le cadre des attributions de compensation pour le renouvellement et entretien du matériel ». Et le maire castelnauvien de regretter l’absence d’ « information sur les grands axes dégagés ». Plus de 260 internautes ont aimé la publication et 127 autres l’ont partagé. En ce début de semaine, aucune conférence des maires n’a été planifiée pour que les élus de Montpellier3M puissent échanger sur la séquence qu’ils viennent de traverser. Une situation déplorée par Joël Raymond, le maire LREM de Montaud. « il est nécessaire de demander au président (Philippe Saurel, ndlr) une rencontre pour travailler sur une procédure d’urgence de l’ensemble de notre territoire car nous sommes vite coupés de tout lorsque ça arrive », écrit-il à plusieurs de ses collègues dans un e-mail que Le d’Oc s’est procuré.
Samedi soir, c’est le socialiste Michaël Delafosse qui a relevé « de nombreux dysfonctionnements dont il faut impérativement tirer des leçons pour l’avenir ». Après avoir formulé toute une série de propositions, le conseiller départemental et leader de l’opposition de gauche au conseil municipal de Montpellier prévient : « plutôt que d’afficher une désagréable autosatisfaction, j’invite à débriefer objectivement cet épisode et à réfléchir à de salutaires mesures correctives ». Entre temps, Nouvelle Donne 34 pointait « un manque d’anticipation ». Selon nos informations, les organisations syndicales, elles,  demandent à la direction de la Ville et de la métropole que l’on ne ponctionne pas un à deux jours de congés aux agents qui n’ont pas pu se déplacer sur leur lieu de travail. Car en réalité, le phénomène était prévu depuis 48 heures, c’est d’ailleurs pour cela que Météo France a classé l’épisode neigeux en vigilance orange. «Les hauteurs ont été sous-estimées sur le littoral, pas sur l’intérieur des terres », se défend Roland Mazurie, le délégué départemental de Météo France sur les ondes de France Bleue Hérault.
 

Sur la toile, les détracteurs du maire de Montpellier font curculer une photo détournée

 
De quoi agacer Philippe Saurel. « La récupération politique n’a plus de limites », s’indigne-t-il. « Les propriétaires sont tenus d’enlever la neige et la glace devant leur propriété. Il n’y a pas eu un seul blessé grave. Et quand il neige, on reste à la maison ! » Et de continuer de pester en attaquant Carole Delga, la présidente du Conseil régional d’Occitanie  : « Pendant que moi je m’occupais des Montpelliérains, les socialistes faisaient du Paquito et buvaient des coups au salon de l’agriculture. Alors les leçons stop ! (…) Moi, en mairie, j’ai mangé les pizzas avec les naufragés de l’autoroute ».
L’édile a aussi redemandé au gouvernement l’avancement sur des dossiers sensibles comme le contournement routier à l’est et à l’ouest de la métropole, ou la ligne ferroviaire à grande vitesse fret-voyageurs Montpellier-Perpignan, un projet d’infrastructure actuellement gelé. « J’estime avoir mis la ville en sécurité », se réjouissait Philippe Saurel samedi dernier dans les colonnes de Midi Libre. Mais le maire continue de se justifier. D’après nos informations, il s’est même fendu dimanche d’un courriel à l’ensemble des avocats du barreau de Montpellier pour présenter son action. Une action « mobilisée avec la même force que celle animée lorsque je (Philippe Saurel, ndlr) défends l’avenir de la Cour d’appel de Montpellier ». Cette réponse au bâtonnier, qui récemment a livré à ses confrères son appréciation du traitement de l’évènement météorologique par les services publics locaux, a heurté une partie de la profession. Dans l’Hérault, à deux ans des municipales, la neige fondue se transforme en terrain boueux sur fond de polémiques politiciennes. Et pas certain que les responsables en charge de l’exercice du pouvoir en ressortent vainqueur.
Benjamin Téoule
Photo : Xavier Malafosse

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