LaREM-34 : Marcheurs au bord de la crise de nerfs

Des députés invités à se réunir à Paris pour un premier bureau politique dont l’objet ne leur a pas été communiqué. Quatrième réorganisation du mouvement départemental. Un ministre de l’Intérieur qui se déplace à Montpellier, profitant de sa visite pour s’entretenir avec le sénateur LR Jean-Pierre Grand en opposition avec le maire Philippe Saurel. Pour La République en marche, l’Hérault semble chaque semaine s’affirmer davantage comme un territoire où règne le désordre et les enjeux personnels. Il était pourtant qualifié jusqu’à présent de département pilote.

L’invitation ressemble fortement à une convocation. En fin de semaine dernière, les députés héraultais de la majorité présidentielle ont été conviés par sms à bien vouloir se réunir lundi 19 février, à Paris, au QG de La République en marche. Les raisons ? Il s’agit officiellement d’organiser le premier comité politique départemental. Surnommé « copol », cette instance a pour but de regrouper les élus locaux pour échanger sur l’actualité du mouvement, les associer aux différentes actions, dessiner une stratégie politique et surtout aboutir à des positions communes. D’après la charte que s’est procuré Le d’Oc, les intentions sont très claires : « fédérer les principaux élus LREM du département ». Mais ici, ce copol pourrait bien être le prétexte pour éteindre un incendie naissant. Car en réalité, aucune des conditions le définissant ne sont respectées. Tout d’abord, le règlement stipule qu’il doit se dérouler sur le territoire concerné et non dans la capitale. Peu importe pour Yolaine Vignaud qui animera la réunion en tant que référente départementale du mouvement. « C’est un problème d’agenda : il est plus facile de réunir les députés à Paris plutôt que de trouver une date quand les parlementaires reviennent en circonscription », explique-t-elle. Cet argument ne vient pas pour autant balayer d’autres contradictions. D’ordinaire, les convives doivent être « associés à l’ordre du jour ». Selon nos informations, il n’en a rien été. Le copol peut aussi s’ouvrir à un maximum de 15 personnes et doit comprendre des élus proches de LaREM. Et là encore l’objectif n’est pas rempli. « Philippe Saurel (maire de Montpellier et président de la métropole, ndlr) sera invité par la suite. Tout comme le sénateur Robert Navarro, Irène Tolleret maire de Fontanes, ou la conseillère départementale Maud Bodkin, garantit Yolaine Vignaud. Mais là c’est le premier rendez-vous qui doit permettre de nous installer ».
Contactés par Le d’Oc, plusieurs députés ne comprennent pas vraiment ces incohérences. « J’aurais préféré connaître le sujet de nos échanges », lâche même l’un d’entre eux. De son côté, Patrick Vignal se fera remarquer par son absence, retenu par son tour de France pour la revitalisation des centres-villes. Alors comment justifier cette réunion ? Il ne faut peut-être pas chercher bien loin. La réponse semble bien se trouver dans le règlement : « le copol doit être convoqué dès qu’une situation particulière l’exige pour régler des problèmes ou pour coordonner l’action et la parole départementale ». Et aujourd’hui la configuration héraultaise s’y prête parfaitement.

Les clans sont en marche !

Le 19 janvier dernier, dans un article intitulé LREM 34 Les grands chantiers à marche forcée, Le d’Oc expliquait les défis qui attendaient le mouvement d’Emmanuel Macron dans le département. Baisse de l’implication des militants, préparation des municipales, relation complexe avec Philippe Saurel…. En un mois, la situation ne s’est guère améliorée. Pire : avec les différentes cérémonies de vœux, la composition de clans au sein même des parlementaires s’est révélée au grand jour. Philippe Huppé, ex maire d’Adissan, entretient d’étroites relations avec le sénateur Robert Navarro (ex PS), membre du groupe parlementaire LaREM. Ce dernier s’étant rapproché de Philippe Saurel dont l’investissement dans le mouvement est inexistant. « Je ne suis pas en marche. Je suis divers gauche, mon parti c’est Montpellier », martèle d’ailleurs l’édile. D’autre part, Patricia Miralles, qui siège dans la majorité municipale de Montpellier, ne quitte plus Nicolas Demoulin. Eux deux revendiquent un intérêt particulier pour « le terrain et les habitants de leur circonscription ». D’un autre côté, Coralie Dubost, 1re vice-présidente du groupe à l’assemblée nationale, s’est rapprochée au fil des mois de Jean-François Eliaou. Si les activités parlementaires la retiennent à Paris, elle profite néanmoins de ses retours à Montpellier pour consulter plusieurs acteurs sur l’avenir de la mairie. Christophe Euzet paraît plus en retrait : il ne doit son investiture à personne si ce n’est à un accord national avec le Modem. C’est un peu comme Patrick Vignal. Le transfuge du parti socialiste joue des réseaux qu’il a tissé lors de la précédente mandature pour évoluer en électron libre (Il est le seul député du département à avoir été réélu). Dans l’Hérault, il n’y a donc pas de clivages idéologiques comme dans d’autres territoires (sensibilité de droite opposée à la gauche). L’opposition se ferait plutôt entre « le nouveau monde » issu de la société civile et « l’ancien monde » qui bénéficie d’une première expérience politique en ayant déjà été élu. Un élément de langage diffusé par la macronie pour entériner les querelles de personnes.  Dans ce contexte, impossible d’imaginer que le mouvement parviendrait à parler d’une seule et même voix.


Dans le même temps, le mouvement départemental revoit pour la quatrième fois son organigramme en à peine six mois. Rien d’étonnant pour Yolaine Vignaud, rebaptisée sur la dernière version « maître Yoda ». « L’organigramme est vivant », rappelle-t-elle. Du coup, dans ce jeu de chaises musicales, trois militants disparaissent. Idriss Salehi et Jacques Dandine n’ont plus en charge le développement du mouvement. Terminé aussi les responsabilités administratives et logistiques. Aurélie Armand, elle, ne pourra pas boucler les ateliers formation sur lesquels elle s’était engagée. « C’est violent. Nous n’avons rien vu venir », témoigne l’un d’entre eux auprès de plusieurs députés. Où serait donc passée la fameuse « bienveillance » si chère à Emmanuel Macron ? N’y aurait-il pas eu un problème de méthode dans ce remaniement interne ? Une fois encore Yolaine Vignaud s’en défend. « Nous devons poser les fondations pour préparer les prochaines échéances. C’est comme dans les entreprises. C’est une forme de renaissance ». Et de préciser : « ils le vivent avec émotion mais on ne leur reproche rien. Certaines missions doivent simplement être gérées en direct avec les référents ». Un avis qui n’est pas partagé par tous : « nous avons été mis devant le fait accompli. Cela ne donne pas l’image d’un mouvement très stable », regrette un parlementaire LaRem.
Chez les marcheurs héraultais, toutes ces incompréhensions génèrent de l’agitation et de la cacophonie. Jeudi 8 février, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, est venu à Montpellier lancer la Police de sécurité du quotidien (PSQ), dont l’esprit se rapproche de l’ancienne police de proximité crée sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin.

Pendant cette journée (sept heures sur place), l’ex maire de Lyon n’a pas rencontré la base militante du mouvement. Par contre, il a pris soin de dialoguer avec différents acteurs locaux comme Jérôme Toulza, co-référent d’En marche 34, quelques députés ou Philippe Saurel. Il a conclu sa visite à Mauguio, sur l’agglomération du Pays-de-l’Or, prenant le temps pour s’entretenir avec le député Patrick Vignal. Mais aussi avec Jean-Pierre Grand, le sénateur Les Républicains, désormais farouchement opposé au président Saurel. L’ancien édile de Castelnau-le-Lez siège même dans le groupe de coopération métropolitaine, première force d’opposition à la métropole de Montpellier. Patrick Vignal et Jean-Pierre Grand auront donc eu le dernier mot sur le ministre…

Mercredi 15 février, L’Agglo-Rieuse s’est interrogé sur les motivations réelles de Gérard Collomb pour ce déplacement montpelliérain. Pourquoi ne pas avoir sélectionné une autre métropole ? Le d’Oc a posé la question à Yolaine Vignaud mais n’a pas obtenu de réponse… Avec une semaine de recul, tout laisse à penser que le ministre est venu sonder un territoire épineux. Notamment en prévision des prochaines municipales de 2020. Car si Montpellier est jugée par l’état-major d’En Marche ! comme « Macron compatible », la situation d’imbroglio pourrait bien ne pas être comprise par Paris. « Dès que Castaner (Christophe Castaner est le délégué général de LaRem, ndlr) entend parler de l’Hérault, il attrape une migraine », persiffle un militant. Lundi, le premier copol serait l’occasion idéale pour siffler enfin la fin de la récréation.
Benjamin Téoule     

Eliaou trop proche des lobbys pharmaceutiques…
Jean-François Eliaou, le député LREM de la 4e circonscription de l’Hérault (Saint-Gély-du-Fesc, Saint-Martin de Londres, Gignac…) s’est fait épingler par Médiacités. Le site d’investigation spécialisé dans les métropoles a classé le médecin comme le deuxième parlementaire le plus gâté de l’hémicycle par l’industrie pharmaceutique. Selon le pure-player, elle a dépensé 9 500€ en repas, transports et colloques pour cet ancien adhérent de l’UDI. Depuis qu’il est élu, Jean-François Eliaou a notamment répondu à l’invitation d’un labo qui lui a financé son séjour à hauteur de 2650€. « Tant que l’industrie pharmaceutique ne demande pas de contrepartie et qu’elle est honnête, je n’y vois pas d’inconvénient », explique-t-il dans l’article. De son côté, Yolaine, Vignaud, la référente départementale de La République en marche, veut relativiser même si elle y voit une faute : « le premier réflexe n’a pas été de dire non car ça se déroule comme ça dans le milieu médical. La prise en compte de son nouveau statut d’élu ne s’est pas faite directement. On apprend de ses erreurs ».

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