LREM-34 : Les grands chantiers à marche forcée

Après l’euphorie de la victoire présidentielle d’Emmanuel Macron et du raz de marée des législatives, La République en marche (LREM) entame une nouvelle étape dans sa construction. Désormais, l’heure est à la structuration du mouvement. L’Hérault n’échappe pas à la règle d’autant qu’il serait considéré comme un département pilote, particulièrement scruté par les instances nationales. Cette suite logique n’est pourtant pas sans enjeux. Comment remobiliser les troupes dans une année sans élection ? Quel comportement adopter face aux contestataires ? Faut-il arrêter une stratégie claire pour les municipales ? L’émancipation de la formation politique dépendra des réponses aux nombreuses questions.

La toute-puissance du mouvement lancé par le président de la République ne souffre d’aucune contestation. Mais comme toute nouvelle formation politique, La République en marche doit encore se structurer. Et la tâche ne sera pas simple tant l’ampleur du travail semble vaste. Bien plus qu’un problème de riches, il s’agit d’une étape nécessaire pour aller conquérir les différentes collectivités (mairies, départements et régions) et s’inscrire dans le temps.

« On passe d’un sprint sur une année avec des objectifs précis à une course de fond », résume Yolaine Vignaud, la référente départementale pour LREM. Pour elle, « beaucoup de choses se sont créées dans l’urgence. Il faut maintenant nous organiser ». Pas question de sommeiller donc.

 Pour cela, le mouvement entend bien s’appuyer sur les 7 000 adhérents qu’il revendique. Ce chiffre serait le résultat de l’inscription gratuite sur Internet. Mais combien d’entre eux s’engagent sincèrement ? « Ce chiffre n’a pas vraiment de sens », reconnaît d’ailleurs un marcheur montpelliérain. Car adhérer ne signifie pas militer. « L’injonction à militer peut me déranger, défend Yolaine Vignaud. Il existe d’autres manières de s’impliquer notamment en proposant de nouvelles idées ».

Après le succès des présidentielles et des législatives, il n’est pas facile de se remobiliser. Le calendrier électoral ne propose pas de scrutins avant le mois de mai 2019 avec les européennes. La REM se confronte donc pour la première fois à une période creuse. Pas de course à l’investiture, ni de campagne à mener, susceptibles de drainer différents supporters. De quoi inquiéter les membres les plus investis. « Nos cadres le sous-estiment, mais nous allons perdre beaucoup d’actifs, c’est évident », analyse un adhérent. Vendredi 12 janvier, ils n’étaient que 200 à se retrouver pour la cérémonie des vœux organisée à Lattes, au domaine de Saporta. Si les raisons de leur retrait sont différentes, François Delacroix, Bernard Serrou ou Sarah Mouton, présents dès l’origine dans la macronie régionale, ont aujourd’hui pris leur distance. De manière plus générale, selon nos informations, l’implication des marcheurs aurait diminué de 75% dans plusieurs comités locaux du département. « Il n’y a pas vraiment de comités fantômes, préfère toutefois nuancer Yolaine Vignaud. Nous en avons fermé seulement quatre ». Pas question non plus d’évoquer une éventuelle crise de croissance : « nous engrangeons régulièrement de nouvelles arrivées. Nous ne devons pas nous centrer seulement sur les élections. C’était d’ailleurs la promesse de départ ».

La REM essaie donc de faire sa place sur le terrain. Samedi 6 janvier, une douzaine de montpelliérains ont tracté sur la Place de la Comédie contre le harcèlement de rue.  Des opérations qui sont menées en parallèle d’un grand débat sur les affaires européennes en vue de la grande marche pour l’Europe. Autre préoccupation : « nous devons convaincre que nos réflexions qui sont remontées sont bien traitées ».

« Quiconque sort du rang est mis à l’amende » !

Critique des statuts qui définissent la formation politique, acceptation parfois douloureuse d’un congrès verrouillé et plié d’avance, remise en cause de la nomination du référent départemental… Comme ailleurs, l’Hérault n’a pas échappé aux différentes tensions. Imposer Yolaine Vignaud à la tête départementale du mouvement  a validé l’impression d’une organisation verticale dans laquelle la voix de la base ne serait pas toujours prise en compte. « Il faut comprendre que le référent c’est comme le préfet. Il est nommé par le gouvernement et il en déploie la politique. Il relaie aussi les problématiques du département », justifie la députée Coralie Dubost. « Préfet »… La comparaison est explicite. Toutefois, ce genre de démonstration peut donner du grain à moudre à certains esprits rebelles. « Il y en a une minorité, on ne compte qu’une petite dizaine de frondeurs », relativise celle qui est également 1re vice-présidente du groupe majoritaire à l’assemblée nationale. Et un protestataire de réagir : « La vérité, c’est qu’on se camouffle car la direction locale ne répond qu’à Paris. Et quiconque sort du rang est mis à l’amende »

Métropole de Montpellier : le talon d’Achille d’En Marche !

L’ex capitale régionale focalise toutes les attentions. En juin dernier, à la métropole de Montpellier, Philippe Saurel a créé un groupe LREM et apparentés. Le dissident socialiste a alors conditionné l’appartenance à l’exécutif avec l’intégration dans le nouveau groupe politique. Ce qui a entrainé un profond remaniement puisque plusieurs maires ont refusé cette nouvelle forme de gouvernance.

Paradoxal : désormais, Joël Raymond, l’édile de Montaud et remplaçant de la députée LREM Coralie Dubost, se retrouve dans les rangs de l’opposition pour ferrailler avec la majorité. Quant au président Saurel, il clame régulièrement qu’il n’est pas membre d’En marche ! même s’il a soutenu le chef de l’Etat pendant sa campagne présidentielle. Toutes ces contradictions génèrent de la crispation chez les élus et une forme de cacophonie auprès de l’opinion.

Le 5 décembre dernier, sept membres (dont six maires) du groupe de coopération métropolitaine (première formation d’opposition au conseil de métropole) ont même été reçus à l’Elysée pour évoquer le contexte politique délétère.

Dans cette situation que Jean-Pierre Grand, le sénateur Les Républicains (ex maire de Castelnau-le-Lez) qualifie de « tristement historique », plusieurs marcheurs reprochent aux cadres de leur mouvement de ne pas choisir leur camp. Si Coralie Dubost n’est pas à l’origine de la réception des maires par l’état-major de la présidence de la République, elle ne s’y est pas opposée non plus. Une forme de neutralité qui peut déranger au sein même des partisans d’Emmanuel Macron. « L’agitation électoraliste et les guéguerres de personnes, ce n’est pas notre façon de procéder. C’est contre cela que les Français ont voté », lâche Yolaine Vignaud. Tout en précisant : « la séquence des maires reçus par Paris indique qu’il y a un but partout ». La balle au centre donc. Mais combien de temps ce statut quo pourra-t-il tenir quand le dialogue entre les cadres départementaux du mouvement et Philippe Saurel reste inexistant ? La semaine dernière, Le d’Oc a même révélé que le cabinet du président de la métropole s’était activé pour faire une douce pression sur les  maires susceptibles de se rendre à une réunion de Coralie Dubost présente sur sa circonscription. La République en marche ne pourra rester silencieuse trop longtemps.

Le vrai-faux tabou des municipales

Officiellement, la préparation des prochaines élections européennes s’affirme comme le mot d’ordre absolu. Cette position de façade est aujourd’hui rattrapée par la realpolitik. Un nombre important de militants regarde du côté des municipales qui devraient se dérouler en mars 2020. LREM ne présentera pas des listes dans toutes les communes du département. Le mouvement évaluera les sortants et se réservera l’opportunité de les soutenir. La question montpelliéraine est au cœur des débats. Selon nos informations, Coralie Dubost rencontre quelques candidats potentiels pourtant membres d’autres partis politiques. « Les prochaines échéances sur la métropole de Montpellier ne doivent pas phagocyter les enjeux sur le reste du département », alerte Yolaine Vignaud. Ainsi à Béziers, le sujet reste tout aussi sensible. Dès la campagne des présidentielles, les marcheurs souhaitaient construire une force alternative à la municipalité de Robert Ménard. « Comment cela va se passer ? Comment pouvons-nous nous organiser », s’interrogeaient alors plusieurs d’entre eux au printemps dernier. Mais à chaque fois, les cadres du mouvement implore la patience. « On nous demande de réfléchir à des listes mais ce n’est pas le temps pour cela. Je ne crois pas à l’homme providentiel. Nous devons d’abord sonder les habitants, comprendre leurs attentes, développer des ateliers thématiques avant de trouver un porteur de projet qui se distinguera naturellement », prévient Jérôme Toulza, relais territorial sur l’Ouest de l’Hérault. Un discours qui a le don d’en agacer plus d’un… « Il n’y a pas de stratégie pour faire émerger de nouvelles têtes, tout est fait pour tasser les profils intéressants », juge sévèrement l’animateur d’un comité local. Sur le littoral, à La grande-Motte, deux comités n’avancent pas forcément dans le même sens. L’un est dirigé par Jacques Sourriou, l’autre par Sébastien Janicki. Le premier a les préférences des cadres tandis que le second est considéré comme trop « socialiste », trop proche du député Patrick Vignal ancien membre du parti à la rose. « On nous prend pour des gosses : on nous propose des formations sur la manière d’entrer en contact avec nos voisins ! Le mouvement du président de la République n’est pas adapté aux échéances locales. Pour les municipales, il y a trop d’ambiguïtés. J’ai intégré qu’elles se construiraient en dehors du mouvement », confie Sébastien Janicki.

On l’aura bien compris, ce n’est pas demain que des milliers de marcheurs se réuniront autour d’un grand banquet de famille. Mais c’est bien dès à présent que le mouvement doit poser les fondations pour garantir son avenir.

Benjamin Téoule

Photo à la Une : Xavier Malafosse

Les JAM veulent émerger

La nouvelle génération veut trouver sa place dans le mouvement du président de la République. Pour cela, les supporters du chef de l’Etat, étudiants pour la plupart, se réunissent au sein des Jeunes avec Macron (JAM). Dans l’Hérault, ils seraient une trentaine d’actifs. « Nous voulons nous affirmer comme une force de propositions », explique Charlyne Peculier, la référente départementale. Mais comment continuer de s’impliquer sans échéances électorales immédiates et avec un public dont le parcours implique souvent la mobilité vers d’autres territoires ? « Il n’est pas question de rester les bras croisés, indique Charlyne Peculier. Nous devons nous structurer et coordonner les forces en présence. Il existe une antenne à Sète avant d’en ouvrir une à Béziers et à Lodève ».

Mais pour ces jeunes, que signifie concrètement œuvrer pour La REM ? « C’est s’assurer que le programme soit respecté, que notre parole soit entendue. Pour cela, nous nous réunissons deux à trois fois par mois pour échanger sur diverses thématiques, nous travaillons sur des café-débats comme celui que nous avons réalisé à l’automne dernier, au Ranch, sur la problématique des violences sexuelles. Nous pouvons aussi tracter pour défendre le plan étudiant et repousser les frayeurs générées par cette réforme », relate celle qui a été directrice de campagne aux dernières législatives pour Jean-François Eliaou, désormais député de la 4e circonscription. Et leur engagement semble être pris au sérieux : lors de leur visite dans la métropole de Montpellier, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, et Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat chargé du numérique, ont consacré une partie de leur temps aux JAM 34. Mais la démarche n’est pas toujours évidente. Pour cette étudiante en communication à l’université Paul-Valéry, proche de la députée Coralie Dubost : « le gouvernement a très mal communiqué sur la diminution des APL. Il faut faire preuve de pédagogie et expliquer que certains jeunes verront la suppression de la taxe d’habitation. Nous souhaiterions aussi revoir le fonctionnement de l’attribution des bourses pour qu’elle ne dépende plus uniquement des revenus des parents. Après, à Montpellier, une ville où les jeunes sont selon moi plutôt insoumis, ce n’est pas toujours facile ».

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