VéloCité Montpellier :
« Nous ne sommes pas une ville cycliste »

Selon le classement annuel de l’Insee, la part de montpelliérains se déplaçant sur leur lieu de travail à vélo s’élève à 6%. La métropole se classe ainsi au 7e rang national, bien loin derrière le trio de tête Strasbourg, Grenoble et Bordeaux. 

De leur côté, les responsables de VéloCitéMontpellier attendent bien plus que ces résultats en demi-teinte. Car eux ne roulent que pour la bicyclette ! Ils ont même fait de ce mode de transport un engagement militant. Depuis les années 90, au moment où les automobilistes circulaient encore sur la Place de la Comédie, ces cyclistes engagés multiplient les actions pour promouvoir l’aménagement d’une ville cyclable. Avec parfois un certain dogmatisme… Mais surtout une véritable expertise de terrain. Entretien avec Daniel Frayssinet, administrateur de l'association.   

 

60 mètres, c’est la distance d’aménagements cyclables sur voiries pour 1 000 habitants dans la métropole quand les agglomérations de La Rochelle ou Grenoble dépassent les 2km selon l’Observatoire des mobilités actives. Une réaction ?

Il faut être prudent avec ce genre de statistiques. Le centre-ville de Montpellier est réservé aux piétons donc il n’y a pas la présence de pistes cyclables. Il y a aussi une demande sociale pour pratiquer le vélo, notamment avec un public d’universitaires et d’étudiants. Le climat est aussi propice à ce mode de déplacement. Ici, on peut parler de cyclabilité mais nous ne sommes pas une ville cycliste. Le potentiel reste énorme.

 

Quelles ont été les avancées majeures pour le cycliste dans le Clapas ?

L’arrivée du tramway, en l’an 2000, a marqué un tournant. Même s’il n’y a pas toujours de pistes cyclables aménagées autour, les cyclistes empruntent malgré tout les voies qui lui ont été réservées. Par la suite, il y a eu un accroissement de l’utilisation du vélo, un peu plus de facilité pour circuler, un peu plus de pistes.

 

Quels sont les points noirs ?

Ce qui est paradoxal, c’est qu’il n’y a pas de pistes cyclables continues entre la station de tramway Occitanie (au nord de la ville, à proximité du Plan des 4 seigneurs, ndlr) et Odysseum. Par exemple, sur l’avenue du Professeur Grasset, un axe majeur vers les facultés, n’en possède pas non plus. L’avenue de Toulouse et le rond-point du grand M, au sud, eux, sont particulièrement dangereux car ils ne sont pas aménagés. On peut recenser aussi l’avenue de Mermoz, à Antigone, qui absorbe beaucoup d’automobiles et de nombreux lycéens. Sur l’avenue du Mondial 98, à l’Est, il a été prévu deux voies pour le tramway, deux espaces d’embellissement, deux espaces pour la circulation routière. Mais le vélo, lui, se retrouve à devoir cohabiter avec le piéton sur un trottoir qui n’est pas continu. Même situation du côté de la RN 113 à Castelnau-le-Lez…  Nous regrettons aussi que des services soient installés dans des lieux qui ne soient pas desservis pour les cyclistes.  Le vrai problème, c’est qu’il n’existe pas d’itinéraire structuré. Il n’y a aucune cohérence de circuit comme à Strasbourg ou Grenoble. Et quand il y a des bouts de pistes, on se confronte à des arbres, des poubelles ou des piétons qui n’ont pas l’espace sur les trottoirs.

 

Que faire pour mieux sécuriser les rues Saint-Louis, Doria ou Gerhardt ?

Nous faisons la promotion de la ville limitée à 30 km/h maximum pour les automobilistes. Il faut réduire la circulation des voitures, en particulier à Boutonnet ou Arceaux. Il ne faut pas exclusivement se consacrer aux quartiers neufs, ce serait trop facile.

 

Souvent, notamment sur les trottoirs, le piéton est confronté au vélo au risque parfois de se mettre en danger. Cette rencontre n’est-elle pas incompatible ?

Le véritable conflit nait de l’omniprésence de la voiture en ville. S’il y avait de meilleurs aménagements, les cyclistes n’emprunteraient pas les trottoirs comme à la Pompignane ou au stade Philippidès. Si ces mêmes trottoirs ne faisaient pas 30cm de large, les piétons ne se déplaceraient pas sur les pistes cyclables.

 

Il y a-t-il suffisamment de points de vélomagg, ces bicyclettes mises à la location par la Tam (Transports agglomération Monpellier) ?

L’équipe municipale de l’époque (2001-2008, ndlr) n’a jamais envisagé cet outil comme un usage du quotidien. C’était simplement attractif pour les touristes. On ne pouvait pas prendre un vélo en libre service : il fallait s’y prendre à l’avance en allant chercher une carte à la Tam puis revenir sur une station. Depuis, il y a eu des évolutions, mais ce service reste encore trop peu utilisé sauf peut-être le dimanche pour se rendre à la mer.

 

Peut-on envisager une autoroute exclusivement consacrée au vélo comme le prévoit Strasbourg ?

Ca n’a pas été pensé en amont mais c’est tout à fait adaptable ici car la voirie existe. Nous aurions souhaité une coulée verte le long du lez pur ceux qui travaillent à Castelnau ou au quartier du Millénaire. Nous avons pensé également à un autre axe vert qui aurait pu prendre forme entre la gare Saint-Roch du centre-ville et le parc Montcalm. Malgré notre lobbysme, nous n’avons finalement jamais été écoutés.

 

En 2014, pendant sa campagne électorale, l’actuelle municipalité s’était engagée à doubler la part modale du vélo, la passant ainsi de 5% à 10%-15%. L’objectif est-il en passe d’être atteint ?

La part modale du vélo progresse un peu mais ce n’est pas grâce à la politique municipale. Mais dans une réunion que nous avions organisé pendant la campagne électorale, personne ne s’était vraiment engagé. Stéphanie Jannin, numéro 2 de la liste Saurel, avait soumis ses promesses à des contraintes budgétaires. De plus, la méthodologie pour mesurer l’évolution n’a jamais été définie…

 

Beaucoup d’usagers potentiels se découragent par crainte du vol (Selon l’observatoire des mobilités actives 1 français sur 5 se serait fait dérober son vélo en 2012, phénomène renforcé dans les grandes agglomérations). N’y a-t-il aucune mesure à prévoir ?

Il faut envoyer régulièrement des patrouilles de police dans des zones sensibles comme la Place Paul Bec, à Antigone. Les cyclistes peuvent marquer leur vélo, en guise d’immatriculation. Cela peut dissuader. On peut penser aussi à des boxes sécurisées comme à Grenoble ou dans des pays du nord de l’Europe. Ce n’est pas possible de redouter d’aller en vélo voir un film au cinéma Place de la Comédie. De plus, ces vols incitent les jeunes à ne pas investir dans un équipement de qualité, ce qui est bien regrettable.

 

On connaît l’appétence de Philippe Saurel, le maire de Montpellier, pour la trottinette. Mais pensez-vous réellement qu’elle peut devenir le transport doux de demain ?

Il vaut mieux se déplacer en trottinette qu’en voiture. Mais cela reste un jouet. Placer le vélo sur le même plan que la trottinette comme le fait M. Saurel, c’est une escroquerie ! On a l’air malin quand on y est dessus mais ce n’est pas s’intéresser au fond du problème. A vélo, on peut emmener ses enfants à l’école ou faire des courses, pas en trottinette.

 

Alors comment jugez-vous la communication de la métropole sur la pratique du vélo en milieu urbain ?

Nous sommes désormais subventionnés par la municipalité par soucis de rapprochement. Nous essayons d’entrer dans un cadre participatif, faisant le lien entre les cyclistes et les élus. Toutefois, la communication institutionnelle est inexistante. Il faut davantage remettre en cause l’utilisation de la voiture. Cela peut passer par le tramway qui est une vitrine pour la ville et un outil de com’ pour les élus. Mais le vélo, c’est un grand enjeu pour la santé. Dans l’éducation au sport, la métropole ne doit pas privilégier forcément le patinage mais elle doit se consacrer davantage à l’apprentissage du vélo. Il faut être plus pédagogue, en rappelant par exemple toute la liberté qu’il procure. A bicyclette, il n’y a plus besoin d’attendre à l’arrêt de bus ou de tramway. En ville, c’est d’ailleurs un mode de transport bien plus rapide que les autres.

 

Parvenez-vous à peser sur les élus locaux ?

C’est difficile à définir. Mais désormais, aucun projet urbain ne peut être réalisé sans penser la place du vélo. Nous sommes donc connus des élus et comptons un peu moins de 200 adhérents. Notre méthode, c’est le militantisme, la communication envers la presse, le marquage sauvage de pistes cyclables comme sur la rue Saint-Louis (entre Arceaux et Plan Cabanes, ndlr), dresser des faux PV pour éduquer les automobilistes qui stationnent sur des pistes cyclables…

 

Notre dernière publication fait état de la santé d’Europe écologie Les verts (EELV) à Montpellier. Quelle est votre proximité avec ce parti ?

Nous ne sommes pas en étroite relation même si ce parti politique nous a aidé dans l’organisation de certaines manifestations. Mais attention, nous ne faisons pas du vélo par une préoccupation écologique et environnementale mais par son caractère pratique, rapide, peu coûteux et positif pour la santé. Nous l’assumons volontiers.

Propos recueillis par Benjamin Téoule

 

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