Virginie Rozière brigue les municipales de Montpellier

L’eurodéputée du sud-ouest a la combativité du judoka qu’elle a été. Cette montpelliéraine, membre du Parti radical de gauche (PRG), préside également le Comité régional du tourisme (CRT). Le d’Oc a profité de sa présence dans le Clapas pour faire un tour d’horizon de ses différentes activités. L’élue n’esquive pas non plus les questions politiques, notamment sur l’avenir de son parti ou la gouvernance Macron. Ambitieuse, elle confie même, pour la première fois, vouloir jouer un rôle aux prochaines municipales. Il faudra donc compter sur Virginie Rozière pour en mettre plus d’un à terre. Entretien fleuve…

 

 

La rédaction du d’Oc vous adresse toutes ses félicitations !

Ah bon… ?

 

Oui, vous êtes l’une des rares élues à défendre sincèrement l’Union Européenne…

Le problème, c’est que l’Union européenne sert trop souvent d’alibi pour dissimuler les difficultés des responsables politiques nationaux. Mais quand on veut construire une société plus solidaire, si on veut davantage protéger l’environnement, sécuriser le consommateur, nous avons besoin d’être forts et nombreux. Et puis, il ne faut pas oublier d’où nous venons, dans quel contexte s’est inscrit le projet européen, même si c’est difficile pour les jeunes générations. Une dizaine d’années après une guerre mondiale, il y a eu l’intelligence de se mettre autour de la table pour éviter que cela se reproduise et concevoir un avenir commun. C’est une entreprise inédite et assez extraordinaire. Cela a concouru à 70 ans de prospérité et de paix en Europe.

 

Mais cet espace de « paix », aussi précieux soit-il, n’est-il pas devenu le dernier argument des défenseurs de l’Europe ?

Il est vrai que les citoyens se sentent trop peu concernés par l’Europe politique. Mais c’est vraiment regrettable car il s’y décide des choses fondamentales pour notre avenir.  Je pense aussi que le choix de l’élargissement qui s’est amorcé au début des années 2 000 a gelé la dynamique. Surtout qu’en même temps, le phénomène de mondialisation s’est accéléré, combiné avec le renforcement d’une idéologie très libérale. Du coup, cela a généré une concurrence exacerbée entre les pays, au sein d’un même espace. Malgré tout, sa construction est bien plus complexe que ce que l’on peut dire avec une vraie préoccupation pour l’intérêt général.

 

Concrètement, quel est le travail d’un député européen qui ne siège pas dans la majorité ?

La particularité du parlement européen c’est que les élus de l’assemblée ont été élus à la proportionnelle intégrale. Aucun groupe politique n’a la majorité à lui tout seul. Il faut donc parvenir à dégager des majorités de coalition. Parce que je vais devoir discuter avec des adversaires politiques, chaque objectif initial sera susceptible d’être revu car il y aura eu une négociation. Dans le climat général, tout compromis est désormais perçu par l’opinion comme un renoncement. Or, ce n’est pas exact mais c’est très difficile à expliquer car c’est une culture très différente de celle que l’on connaît en France. L’exercice est difficile mais intéressant. Et puis après, il faut aller discuter avec les états membres…

 

Une grande partie de l’opinion française juge que le politique français est impuissant face à une Europe qu’elle estime responsable de ses ennuis…

Les Français voudraient que l’Europe soit à leur image mais ce n’est pas possible. Un collectif rassemble des individualités et des spécificités. Et puis, il y a un réel problème de pédagogie sur le fonctionnement de l’Union européenne.

 

Comment analysez-vous la séquence européenne d’Emmanuel Macron sur les travailleurs détachés ?

Nous n’avons pas attendu Emmanuel Macron pour préparer la directive européenne sur les travailleurs détachés. Aujourd’hui, elle est d’ailleurs quasiment terminée. Nous sommes en train de trouver un compromis. Elle permet d’encadrer la mobilité des salariés et pose des garde-fous. Les principales difficultés se situent sur le renforcement du salaire minimum pour atténuer les écarts de revenus. Débattre sur la durée du détachement comme le fait le Président de la République est un non sujet car la période moyenne s’élève à quatre mois. Le dumping social est une réelle problématique mais il est dangereux de rallumer un conflit sur fond de com’.

 

Est-il illusoire de penser qu’un jour l’Europe sera harmonisée sur des domaines majeurs comme par exemple l’armée, les renseignements ou la fiscalité ?

Sur la question des diplômes, par exemple, l’espace européen est bien plus harmonisé que celui des Etats-Unis. Un américain doit revoir ses diplômes lorsqu’il change d’état… L’esprit européen c’est d’harmoniser les règles et de protéger le consommateur, la santé et l’environnement. Ce souci de qualité de vie partagé dans un tel espace est pratiquement unique au monde.

Sur la fiscalité, nous n’y sommes pas. Cela me semble même impossible. Car sur cette question, si jamais les états perdaient leur autonomie en matière d’impôts, le citoyen ne pourrait l’accepter. Il le vivrait comme une dépossession de la souveraineté. Nous pouvons garantir un taux minimal pour les multinationales pour éviter la situation inéquitable dans laquelle nous nous trouvons actuellement.

Quant au renseignement, il y a une nécessité absolue de renforcer la coopération entre les services déjà existants. Par contre, pour ce qui est de la défense, on ne fera pas naître une armée européenne. Si l’on veut aller plus loin, il faut que l’Europe devienne une puissance politique sur les enjeux internationaux, ce qu’elle n’est encore que très partiellement. Car avoir une armée avec des différents entre plusieurs pays sur la manière dont on l’utilise, ça devient compliqué à gérer.

 

Un autre exemple qui remet en doute la capacité d’agir de l’eurodéputé : malgré l’adoption de votre rapport sur la protection des appellations sur le marché européen, aucune loi n’est encore en vigueur…

Les IGP et AOP sont déjà protégés à l’échelle européenne. Mais j’ai demandé que les produits non agricoles, principalement artisanaux, le soient également. La commission s’est engagée à faire une proposition mais force est de constater que cela fait deux ans qu’elle ne tient pas ses promesses… J’ai toujours espoir d’obtenir un texte avant la fin du mandat.

 

Membre de la commission Panama papers, vous luttez pour plus de transparence dans la comptabilité et la fiscalité des multinationales. Quels sont les résultats ?

Nous avons acquis des avancées concrètes. Désormais, les multinationales ont l’obligation de rendre public leur compte, pays par pays. Nous sommes allés à l’encontre de l’aval de la Commission et des états membres. Il a fallu tenir un véritable bras de fer pour qu’ils se positionnent sur l’avis du Parlement. La complexité, c’est que nous menons une bataille politique sur du long terme. Moyennant de l’énergie et de la combativité, on parvient à des résultats.

 

Existe-t-il un espoir pour qu’un cadre européen protège les lanceurs d’alerte ?

A ce jour, un lanceur d’alerte peut effectivement être poursuivi pour divers motifs comme le piratage informatique, vol, recel, rupture d’accord de confidentialité… Nous voulons donc définir un cadre le plus large possible pour la liberté de la presse et la protection des sources. Il y a un an, la Commission nous disait que ce n’était pas opportun, qu’il n’y avait pas d’intérêt à s’impliquer dans ce dossier. Pourtant, aujourd’hui, je m’apprête à présenter un rapport pour, là encore, obtenir un texte de loi avant la fin du mandat. Je vois bien que le groupe majoritaire de droite souhaite vider le rapport de sa substance, ce sera un long travail de négociations. Malheureusement, je serai amenée à abandonner un certain nombre de propositions… Mais une fois de plus, ceux qui freinent, ce sont quelques états membres.

 

Avez-vous été entendue par la Justice sur l’affaire des assistants des eurodéputés qui travailleraient en réalité pour leur parti ?

J’ai appris par la presse que je faisais partie des députés calomniés par Madame Montel, parlementaire du Front national. Assez naturellement, une enquête préliminaire a été ouverte. J’ai eu une demande d’informations et j’ai transmis les éléments qui m’ont été demandés. Dès qu’il sera reconnu que ces accusations sont infondées, j’attaquerai l’élue pour obtenir réparation.

 

Occitanie… Franchement, on peut le dire, le nom de la nouvelle région est un échec, non ?

Moi, j’aime bien même si j’étais plus favorable à Languedoc. Toutefois, Occitanie reprend l’histoire culturelle et patrimoniale de la région. C’est court, ça sonne bien aussi dans d’autres langues. Il faut respecter le choix des habitants qui ont voté sur Internet.

 

Au sujet du tourisme, quel est le plan marketing de la Région ?

Nous avons la marque destination qui a été actée au début de l’été : Occitanie Sud de France. Il faut maintenant analyser notre offre, nos atouts, nos défauts, définir nos clientèles et nos marges de progrès etc… Parfois, nos prestations peuvent être perçues comme étant en décalage qualitatif avec l’image d’une réelle qualité de vie. Nous devons donc monter en gamme sur nos offres. Tourisme vert, sportif, fluvial, évènements culturels, diversité du territoire… Notre territoire est vraiment riche. Du coup, il va falloir définir des priorités d’ici la fin de l’année. Il faut aussi réfléchir au potentiel de curiosité né de la fusion entre Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées.

 

Vous pensez vraiment qu’il y a une identification à sa région, qu’un gardois va avoir envie de se rendre dans le Gers ou en Ariège par simple « curiosité » ?

Il peut se dire qu’il ne connaît pas Toulouse et décider d’aller la visiter. C’est également à nous, acteurs du tourisme, de susciter cette envie.

 

Comment valoriser davantage l’œnotourisme ?

Nous avons  une belle diversité de production des vins, et très qualitative. Et cela ne fait pas que deux, trois ans que cela a commencé à être bon ! Alors profitons-en. Nous devons sortir de l’idée que l’œnotourisme se résume à un levier pour vendre plus de bouteilles. Il s’agit aussi de valoriser un patrimoine, des paysages, une histoire… Le client ne cherche pas seulement à acheter du vin au domaine. Nous devons accompagner les vignerons dans ce sens pour développer des activités et monter de nouvelles structures. Au CRT, notre rôle sera de coordonner toutes les initiatives.

 

Pendant les présidentielles, vous avez soutenu le candidat socialiste Benoît Hamon, comme la direction du PRG. Thierry Braillard, l’ex ministre des sports, lui, a fait campagne pour Macron. Quant à Sylvia Pinel, elle a été réélue députée sans la concurrence d’En Marche ! Reconnaissez qu’il est difficile de comprendre la ligne de votre parti…

Le PRG n’a pas fait exception aux difficultés rencontrées par les autres partis pour se positionner face à Emmanuel Macron. Notre formation a été ébranlée, divisée… Comme d’autres.

 

D’ordinaire, le PRG est un compagnon de route du PS. Ce dernier étant particulièrement affaibli, l’avenir électoral de votre formation s’assombrit…

Les temps changent. Nous avons une recomposition à opérer. Le PS est en difficulté pour occuper l’espace à gauche. Le Parti radical de gauche peut créer les conditions de son autonomie. Nous devons redéfinir nos propositions politiques. La question du rapprochement avec les valoisiens me paraît secondaire. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, la gauche responsable, celle qui prétend à gouverner, ne peut se retrouver chez Emmanuel Macron. Les organisations devront suivre les idées et pas l’inverse.

 

Vous êtes très offensive contre le président Macron… 

C’est un bon communicant, mais depuis le début je suis assez critique. A force, la confrontation entre sa parole et ses actes fera du mal à sa crédibilité politique. Et puis une fois encore, quand vous réduisez l’impôt sur la fortune et que vous retirez cinq euros sur les Aides au logement, vous ne pratiquez pas une politique de gauche.

 

Pourquoi vos relations avec Philippe Saurel, le maire de Montpellier, semblent aussi complexes ?

Je n’ai toujours pas compris… En 2014, une fois élue députée européenne, j’ai sollicité un rendez-vous auprès de lui mais j’attends toujours… Après, il est compliqué : c’est un marcheur qui n’est pas adhérent d’En marche !  Il mène des conflits avec la Région, puis avec le Département de l’Hérault… Il a peut-être du mal à régler ses comptes avec le PS mais moi je ne suis pas de ce parti. Il peut adopter d’autres manières que celle de vouloir faire la guerre au premier venu. Car moi, j’ai besoin de savoir où il veut aller pour Montpellier. Il parle de lui tout le temps, « Moi, je… », « je », « je », mais il n’a aucune vision pour la ville. Frêche, même s’il va falloir à un moment donné passer à autre chose, n’était pas le plus petit égo que l’on ait connu, mais au moins il parlait de Montpellier… Nous sommes confrontés à de tels défis que la ville ne peut pas se permettre de démarrer des projets, de les arrêter puis de les relancer…

 

Jouerez-vous un rôle aux prochaines municipales ?

Evidemment. Je suis montpelliéraine, on entendra ma parole car je participerai au débat. Je ne vois pas comment il peut en être autrement. Je peux être en haut comme en bas d’une liste municipale PRG. C’est ma responsabilité quelles qu’en soient les conditions.

 

Aux régionales, dans l’Hérault, il y avait une forte bataille pour conduire la liste. Puis, vous avez mis tout le monde d’accord…

L’histoire se répète rarement mais qui sait…

 

Vous êtes ceinture noire de judo. Votre spécial est uchi-mata. Qui projetteriez-vous pour lui coller le dos au tatami ?

Donald Trump. Et ça serait même suivi d’un étranglement !

 

Propos recueillis par Benjamin Téoule

 

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