Jannin, l’élue qui favorise (encore !) son conjoint

Exclusif. Malgré les alertes de la presse et des services juridiques de la Ville de Montpellier, Stéphanie Jannin continue de voter sur des affaires qui favorisent les intérêts de son conjoint, architecte de profession. La candidate LREM aux législatives, adjointe de Philippe Saurel en charge de l'urbanisme et vice-présidente de Montpellier3M, a d’ailleurs été entendue, avec Cyril Outrebon, à la fin du mois de mai par les enquêteurs de Police. L’élue prendra-t-elle enfin les mesures nécessaires pour stopper toute suspicion de conflit d’intérêts ? 

 

La marche est sûre, le pas tranquille. Le 28 avril 2016, au moment où le conseil municipal de Montpellier aborde les affaires scolaires, Stéphanie Jannin sort de l’hémicycle. Depuis quelques semaines, l’élue est prise dans une tempête médiatique. La presse vient de révéler qu’elle n’a pas appliqué un arrêté fixant les limites de l’exercice de sa délégation. Le non respect de ce document légal est susceptible de l’entraîner dans une situation de conflit d’intérêts. Alors cette fois-ci, pas question pour Stéphanie Jannin de se faire avoir : avant même le vote des attributions de subventions aux associations dans le cadre des Tap (Temps activités périscolaires), où est impliqué son conjoint Cyril Outrebon, l’adjointe de Philippe Saurel décide de se retirer. Aux yeux de tous, l’élue prend le soin de s’éclipser en passant même devant la tribune de presse. Car il fallait que cela se voit, que cela se sache. Mais pourquoi une telle démonstration ? Stéphanie Jannin était-elle contrainte de se livrer à une telle mise en scène ? Car en réalité, un simple « ne prend pas part au vote » prononcé par Philippe Saurel aurait dû suffire. Aujourd’hui, Le d’Oc est en mesure de remettre en cause la sincérité de cette démarche.

 

En effet, le 24 novembre 2016, soit à peine sept mois plus tard, Stéphanie Jannin, en conseil de métropole, vote pour deux affaires qui favorisent les intérêts de A.C.O. Architectes co-dirigé par Cyril Outrebon (il partage ses parts à hauteur de 50% avec Arnaud Carbasse). Ce soir-là, les élus de Montpellier3M attribuent une subvention ainsi que la garantie des emprunts à FDI Habitat pour la construction de 40 logements sociaux à Lattes. Ces habitations qui composent la résidence Urban Park, située dans le lotissement La Banquière de la commune gouverné par Cyril Meunier, comprennent 28 logements locatifs à usage social et 12 autres « très sociaux » financés en prêt locatif aidé d’intégration. C’est donc le cabinet du conjoint de la vice-présidente en charge de l’Aménagement durable du territoire qui imagine les plans de ce lot. Tout est d’ailleurs écrit noir sur blanc sur la délibération des affaires 25 et 26 : « Conçu par l’agence d’architecture ACO domiciliée à Montpellier, le programme développe une surface habituelle de 2 492,80m2 selon la typologie suivante : 17 T2, 14 T3, 7 T4 et 2 T5 ». Le président Saurel prévient que M. Yvon Pellet, maire de Saint-Geniès-des Mourgues, et M. Noël Ségura, maire de Villeneuve-les-Maguelone, ne participent pas au débat et ne prennent pas part au vote. Il n’en sera rien pour Stéphanie Jannin…

 

Avant Lattes, il y avait Cournonterral. Et toujours FDI Habitat...

 

La confusion sur la construction de la résidence Urban Park à Lattes n’est pourtant pas une première pour la métropole. En janvier 2015, le cabinet de Cyril Outrebon est sélectionné pour une mission de maîtrise d’œuvre, en association avec l’architecte Antoine Garcia-Diaz, pour la construction de 80 logements sociaux à Cournonterral. Le 12 novembre de la même année, les élus du conseil métropolitain, dont Stéphanie Jannin, autorisent la garantie des emprunts que FDI Habitat va contracter pour la réalisation de la résidence Les jardins d’Hélios qui comprend 80 habitations. Le parc locatif HLM se situe dans un tout nouveau lotissement de Cournonterral. Cette fois-ci, à la différence du projet lattois, A.C.O. n’apparaît pas sur la délibération. Mais on retrouve l’implication de la société du conjoint de Stéphanie Jannin sur le site Internet de la Ville de Cournonterral ou même dans un article de Midi Libre qui annonce la livraison des premiers logements pour juillet prochain.

 

En 2014, la société A.C.O. Architectes était en difficulté

 

On l’aura donc bien compris : en 2015 et 2016, le cabinet A.C.O. Architectes pouvait compter sur la métropole de Montpellier pour travailler. Ce n’était pas forcément le cas auparavant. Notamment en 2014, où selon nos informations récueillies auprès du Tribunal de commerce de Montpellier, la SARL était plutôt en difficulté, malgré de bons résultats dans le passé. Grosse perte d’activité, baisse du chiffre d’affaire pour atteindre 85 000€ sur l'exercice, charges du personnel relativement importantes (les deux dirigeants se versaient un salaire d'environ 2 500€ par mois)... Faut-il voir un lien de cause à effet entre la santé de l’entreprise et les votes de l’adjointe ? Difficile de répondre à cette question : Le d'Oc n'a pas pu accéder aux comptes pour les exercices 2015 et 2016... Toutefois, Stéphanie Jannin n’hésite pas à partager auprès de son entourage les difficultés professionnelles que son ménage traverserait. « C’est difficile depuis que je suis élue. Mon conjoint est obligé d’exercer en dehors de Montpellier et de la métropole », confie-t-elle à plusieurs élus, d’après de nombreuses sources concordantes. Mais pas certain que ces états d’âmes soient réellement fondés. Quand Cyril Outrebon ne dépend pas de Montpellier3M pour « exercer », il œuvre bien malgré tout dans la capitale héraultaise comme sur le programme So Pur livré en 2018 par le promoteur Corim. Au-delà de Montpellier, son cabinet s’investit également à Saint-Drézry, sur le territoire métropolitain.

 

+300% pour la Maison de l'architecture présidé par... Cyril Outrabon

 

Prendre part au vote dans des affaires où est engagé Cyril Outrebon pourrait donc devenir une mauvaise habitude pour la saurélienne, désormais candidate à la députation sous l’étiquette La République en marche (LREM). Et tant pis si un arrêté municipal relatif à la loi sur la transparence de la vie publique lui interdit formellement.  Au conseil municipal de Montpellier, en 2015, l’adjointe au maire a voté une copieuse enveloppe de 17 150€ en faveur de la Maison de l’architecture présidé par un certain… Cyril Outrebon. Cette somme importante relève alors du soutien de la Ville aux activités périscolaires. Un an plus tard, Isabelle Marsala, adjointe aux affaires scolaires, nous apprendra même que la subvention vient aider le travail pour seulement « quatre écoles » de Montpellier. Tant pis pour les nombreux enfants des autres établissements… Cette année-là, l’enveloppe budgétaire consacrée à la Maison de l’architecture connaît une hausse de 300% par rapport à ce qui lui était versé en 2013 ( 4 500€ sous la municipalité d’Hélène Mandroux, ndlr). Ainsi, en 2015, l’association faisait partie des 20 les mieux soutenues par la Ville sur une liste de 160 retenues pour ces fameux TAP. En 2016, la subvention diminue pour atteindre la somme de 8 700€ mais pour seulement « deux écoles ». Heureusement, toujours selon Isabelle Marsala, « le projet de l’an dernier de construction dans l’espace de module sur le futur, avec des terrains de jeux faits en papier gratté, a vraiment été un régal ». Un régal peut-être pour Cyril Outrebon mais sans doute pas pour le contribuable montpelliérain.

Benjamin Téoule

NDLR : Contactée par Le d’Oc, la métropole de Montpellier n’a pas donné suite à nos questions.

 

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https://ledoc-info.com/2017/12/04/montpellier-elue-lrem-condamnee/


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