Futur stade de foot :
La Paillade presque prête à enterrer son phare

 

Contre toute attente, le 4 mai 2016, Philippe Saurel a annoncé la naissance d’un nouveau stade de football. Louis Nicollin en rêvait, le président de la métropole de Montpellier s’y engage. L’enceinte de la Mosson sera donc délaissée, et une nouvelle enceinte accueillera les joueurs de Loulou d’ici quatre ou cinq ans, au sud-est de la ville, près d’Odysseum. Mais au-delà des effets d’annonce, le pari se révèle audacieux : Montpellier est aujourd’hui la seule ville française à se lancer dans la création d’un tel équipement. Et des questions persistent… Comment les Pailladins vivent-ils le déménagement du stade alors que rien ne semble être prévu pour se substituer à l’édifice ? Un nouveau stade est-il vraiment nécessaire ? Quel modèle économique privilégier ? Pourquoi faire exactement ? Cette semaine, Le d’Oc s’interroge sur ce projet doté d’environ 25 000 places pour un investissement qui s’élèverait autour de 120 M€.

 

 

Si La Paillade perdait son stade, perdrait-elle aussi son âme ? Dans le quartier, les avis sont partagés. Bien qu’il soit toujours considéré comme un équipement-phare, force est de constater que le stade de la Mosson n’a pas tenu toutes ses promesses.

 

« Ce stade, c’est toute notre enfance. On a été de fervents supporters. On y a travaillé comme stadiers. On jouait au foot sur l’annexe. Ici, on a même pu côtoyer des joueurs internationaux, c’était magique… On est des enfants du stade, il est imprimé dans notre histoire. »

Abdel, 41 ans, et Kader, 35 ans, ont grandi et habitent toujours à deux pas du stade de la Mosson. Ils n’ignorent pas les projets de Philippe Saurel : créer un nouvel équipement plus beau, plus confortable, plus clinquant, loin de La Paillade. Mais bien qu’ils revendiquent tous deux de fortes attaches avec ce stade, leurs points de vue quant à ce projet diffèrent. « Il faut bien reconnaître que le stade de la Mosson est moche et très mal conçu. Et à chaque saison, il est inondé, rappelle Abdel. Créer un nouveau stade ailleurs, ça permettra aux gens de sortir du quartier pour aller voir les matchs. » Autant d’arguments rapidement balayés par Kader : « N’importe quel gamin ici se reconnaît dans ce stade. Pour moi, c’est le symbole de La Paillade. Et puis le club fait partie du quartier, il est né ici, c’est son berceau. Cette délocalisation est d’autant plus absurde que le projet du club ne nécessite pas un nouveau stade à 160 millions d’euros ! »

Abdel et Kader reconnaissent qu’à La Paillade, les avis sont partagés. D’autant que le stade n’a pas apporté que du bonheur, comme le rappelle Soufyan, employé durant trois ans comme responsable d’une équipe de stadiers : « Les jours de match, les gens se garent n’importe comment. Ils n’hésitent pas à dégrader les espaces publics, à démonter des clôtures ou à déterrer des piquets pour mettre leur voiture ». De plus, chacun sait que les jours de match, les embouteillages paralysent le quartier. Pourtant, les gradins sont loin de faire le plein : « Le stade est très peu rempli. Je dirais qu’à peine un tiers des places est vendu, estime Soufyan. Et il y a peu de gens du quartier qui viennent aux matchs car les places sont trop chères pour les Pailladins ». Un stade de moins en moins fréquenté ? Abdel et Kader doivent bien l’admettre : « C’est triste mais les gens ne s’intéressent plus au foot. Pour essayer d’attirer un peu plus de monde lors du derby Montpellier-Toulouse, les places ont été bradées à 2 € ! »

Si les Pailladins sont moins passionnés par le foot qu’autrefois, c’est peut-être aussi parce que trop peu d’entre eux ont pu s’en servir comme tremplin. Quant aux visiteurs venant de l’extérieur, eux aussi ont des raisons de se détourner du stade, comme l’explique Bouba, 39 ans, président du club Paillade 1974 : « Les gens hésitent à venir parce qu’il y a beaucoup plus de délinquance qu’autrefois. Des jeunes se font agresser ou racketter, des voitures sont cassées ou volées… C’est n’importe quoi, je ne reconnais pas mon quartier. » Bouba, qui précise qu’il est né juste en face du stade, se prononce donc « à 200 % » en faveur d’un déménagement : « On aura que des avantages à partir sur du nouveau, sur du propre. Ça nous donnera une nouvelle impulsion. Si le club ne veut pas mourir, il est temps de changer. »

Mais ce déménagement impacterait-il La Paillade en termes d’emploi ? Non, répond Soufyan : « Les Pailladins qui sont embauchés comme stadiers sont payés au Smic, soit environ 36 € par match, pour 4 h ou 4 h 30 de travail. C’est un boulot ingrat, précaire, qui n’offre pas d’opportunités. »

Un autre argument a été mis en avant pour délocaliser le foot loin de La Paillade : le stade de la Mosson est non seulement vétuste mais inondable, et les compagnies d’assurance rechigneraient désormais à couvrir ce risque. Philippe, un expert déjà intervenu dans ce dossier, confirme : « Ces inondations à répétition sont sans doute dues à l’urbanisation. Toujours est-il qu’elles coûtent toujours plus cher car à chaque nouvelle catastrophe naturelle, les franchises sont plus élevées. Et au final, les compagnies refusent d’assurer un tel risque. » 

Décidément, l’équipement-phare du quartier peine à trouver des alliés. Même le club central des supporters, le plus ancien d’entre tous, se détourne du stade de la Mosson et s’est résolu à cette délocalisation : « C’est vrai que sentimentalement c’est dur, car nous sommes attachés à nos racines. Mais il faut partir pour grandir, estime Laurent Soccoro, président du club. De toute manière, les Pailladins ne viennent plus guère aux matchs, et le stade n’amène plus grand-chose au quartier, à part un peu d’animation une fois tous les quinze jours… »

En novembre dernier, Montpellier Méditerranée Métropole a annoncé que le stade serait « reconverti, avec le centre nautique Neptune, en zone de loisirs et de sport ». Malgré nos demandes, nous n’en saurons pas davantage. Mais sa condamnation, en tant que temple du foot montpelliérain, semble bel et bien actée.

 

Sarah Finger


Ce contenu est accessible uniquement aux lecteurs abonnés


  • - 59 / 1 Année
    Vous accédez librement à l'intégralité du contenu. Vous recevrez gratuitement Le d'Oc magazine à l'adresse de votre choix.
    - 35 / 6 Mois
    Vous accédez librement à l'intégralité du contenu
    - 79 / 1 Année
    Vous devenez membre privilégié et accédez librement à l'intégralité du contenu. Vous recevrez gratuitement Le d'Oc magazine. Vous serez invité également aux différents événements organisés par la rédaction. Si vous estimez qu'il manque un média comme Le d'Oc sur votre territoire, soutenez notre initiative et permettez-lui de s'installer durablement.
    - 15 / 2 Mois
    Vous accédez librement à l’intégralité du contenu pendant deux mois.

    Sélectionnez un mode de paiement

    No payment methods are available for the selected subscription plan.

Laisser un commentaire