Georges Frêche : Que reste-t-il aujourd'hui ? (2/5) Delmas, précurseur du nouveau Montpellier

Malgré l’ombre de Georges Frêche depuis 40 ans, il y a bien eu une vie à Montpellier avant sa prise du pouvoir municipal. Oui, avant l’élection de 1977, le maire giscardien François Delmas a amorcé le développement de la capitale héraultaise. Plusieurs de ses actions restent d’ailleurs encore visibles aujourd’hui.
 
« Georges Frêche n’est pas arrivé dans un désert ». Gérard Borras, l’ancien président de la Chambre de commerce et de l’industrie (CCI) de Montpellier n’a pas oublié que le développement de la préfecture de l’Hérault a d’abord été impulsé par François Delmas, maire UDF de 1959 à 1977. « Pour son élection, Georges Frêche a su mettre dans sa poche les rapatriés de l’Afrique du Nord mais c’est Delmas qui a permis leur accueil », relève l’ancien consulaire. En effet, le 2 octobre 1961, le conseil municipal vote la création d’une Zup (zone à urbaniser en priorité) au nord-ouest du centre-ville. A cette époque, Montpellier souffre d’une carence en logements neufs d’autant que la bourgeoise endormie voit son flux d’immigration augmenter, notamment en provenance des villages du Languedoc. La municipalité acquiert alors plus de 220 hectares de vignoble et de garrigue pour implanter une dizaine de milliers d’HLM. L’investissement s’élève à trois millions de francs. Le 22 janvier 1964, le chantier débute. Ainsi nait le nouveau quartier de la Paillade. Trois ans plus tard, en 1967, soit 10 ans avant la victoire de Georges Frêche, les premiers habitants prennent possession des lieux. Cet espace de vie, composé de nombreuses tours comme celles du Phobos ou des Tritons, disparues aujourd’hui, attirent aussi bien les rapatriés du Maghreb que les locataires modestes de l’Ecusson, exaspérés de vivre dans des logements vieillissants, souvent insalubres et très onéreux. Mais rapidement, les Pailladins se sentent isolés. Manque d’animation, absence de commerces et d’infrastructures publiques, seulement une ligne de bus assure la liaison entre le centre et cette jeune banlieue qui concentre déjà 15% de la population. Georges Frêche surfera en partie sur le mécontentement des riverains désabusés devant la vaine promesse d’un eldorado pour les classes populaires. Malgré les différentes interventions des pouvoirs publics, le chômage ronge toujours la Paillade. Les habitations sont précaires et surpeuplées comme dans la tour d’Assas. Le quartier s’enfonce dans le communautarisme et symbolise le sentiment d’une grande ville à deux vitesses.

IBM s’implante sous le règne de Delmas

De la gouvernance de François Delmas, il faudra surtout retenir l’arrivée d’un employeur phare pour le territoire, la première implantation industrielle à Montpellier. Le 19 juin 1965, IBM s’installe sur le site de la Pompignane alors que la direction du groupe hésitait avec Bordeaux. Au total, l’entreprise recrute immédiatement un peu moins de 500 salariés, tous la tête plongés dans les ordinateurs. Mais c’est sous Georges Frêche qu’elle atteindra quasiment les 3 200 employés, au début des années 90. Désormais, l’âge d’or du géant de l’informatique est derrière lui. Contraint de se reconvertir face aux enjeux économiques de la mondialisation, IBM Montpellier n’emploie plus que 700 salariés, en charge de missions bien éloignés de la recherche et de l’innovation.

Le Polygone, l’héritage de Delmas avant sa chute

Qui ne connaît pas le Polygone ? Chaque année, le centre commercial qui se situe au fond des dalles du Triangle accueille 15 millions de visiteurs. Aujourd’hui, il est considéré comme un véritable atout pour sauvegarder l’attractivité du commerce en centre-ville. Et c’est à l’ex Premier magistrat François Delmas que l’on doit ce succès. Mais c’est aussi, en partie, ce qui signera sa perte. En mars 1975, deux ans avant les municipales, les commerçants, persuadés que le Polygone allait nuire à leur activité, protestent fortement. Toute une population voit ses habitudes bouleversées. Construit sur un ancien champ militaire sur environ 12 000 m2, l’édifice abrite l’un des premiers parkings souterrains. Son emplacement élargit l’Ecusson mais referme la ville sur elle-même, rompant tout lien avec le Lez. La nouveauté était-elle trop brutale ? Peu importe, Georges Frêche ne reviendra pas en arrière. Au contraire, sous sa majorité, la Socri, gérante du Polygone y ajoute même un étage.
Le 21 février dernier, il a été annoncé l’investissement de 50 millions d’euros de travaux, réalisés à partir de 2018, pour moderniser le centre commercial. Car à 42 ans, le Polygone souffre de la comparaison avec Odysseum, centre commercial ouvert situé au sud-est et en bordure de sortie d’autoroute. Il héberge plus de franchises et s’intègre habilement à un pôle ludique. Après son 42e anniversaire, le Polygone n’essuie plus les critiques des commerçants qui redoutent désormais l’avènement d’Ode, sur les communes de Lattes et Perols.
Si l’ombre de Georges Frêche plane encore sur Montpellier, la capitale héraultaise doit donc beaucoup à son prédécesseur. Et le défunt président du Conseil régional du Languedoc-Roussillon le savait pertinemment. Pour Jean-Pierre Foubert, ex collaborateur de Georges Frêche, « les deux hommes avaient beaucoup de respect l’un pour l’autre ». Et le conseiller politique de souligner : « Frêche a même rebaptisé l’ancienne route de Nîmes, qui rallie le Corum à Castelnau, l’avenue François Delmas ».
Benjamin Téoule
Photo : Xavier Malafosse

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