FN : France Jamet a-t-elle été
l’assistante fictive d’une eurodéputée hors-sol ?

Révélations. L’information était bien dissimulée par l’élue frontiste. En plus de ses mandats locaux (Ville de Montpellier, Métropole et Conseil régional), France Jamet, membre du bureau politique du Front national, a également été l’assistante d’une eurodéputée jusqu’il y a quelques semaines encore. La nouvelle pourrait bien fragiliser l’égérie montpelliéraine du FN : actuellement, une vingtaine d’assistants sont soupçonnés d’avoir été rémunérés par le Parlement européen alors qu’ils se consacreraient, en réalité, au parti de Marine Le Pen, au siège, à Nanterre.

 

Avec le Front national, c’est régulièrement une histoire de système. Il y a celui que le parti de Marine Le Pen dénonce et celui que la Police suspecte de financement organisé. En 2015, les instances dirigeantes du Parlement européen ont émis des doutes sur la réalité du travail de 29 assistants de députés frontistes, tous associés à une activité nationale pour la formation politique.

Dans l’Hérault, la situation de France Jamet interpelle. La fille d’Alain Jamet – co-fondateur du FN avec Jean-Marie Le Pen -, élue dans l’opposition à la Ville de Montpellier, à la Métropole et à la Région dont elle préside le groupe, convoite également l’investiture pour les législatives sur la 1re circonscription (Palavas, Lattes, Villeneuve-lès-Maguelone…). Ses mandats lui permettent de revêtir l’habit d’une véritable professionnelle de la politique. Mais pas seulement… France Jamet, membre du bureau politique du Front national, a aussi été employée en tant qu’assistante de l’eurodéputée Joëlle Mélin. Cet emploi s’est étendu de 2014 à, selon elle, décembre 2016, même si le site Internet du Parlement européen la répertorie toujours comme assistante locale.

 

Une fonction méconnue du landerneau politique régional

Dans le landerneau de la politique régionale, le poste occupé par France Jamet auprès d’une députée européenne reste méconnu. Journalistes spécialistes des questions politiques en région, collaborateurs de cabinets, assistants parlementaires, élus… Un nombre important d’entre eux, contactés par Le d’Oc, affirment tous ne pas être informés de cette activité professionnelle. Pour ceux qui ont côtoyé de près France Jamet par leur engagement politique, les témoignages sont quasiment identiques. « Je n’étais pas au courant », relève Marie-Christine Aubert, ancienne secrétaire départementale du FN 34, qui a cessé ses responsabilités en 2015. Charles Galtier, proche d’Alain Jamet, collaborateur historique du FN au Conseil régional Languedoc-Roussillon, va dans le même sens : « je ne savais pas mais ça ne me choque pas ». Seul Djamel Boumaaz, second sur la liste FN conduite par France Jamet aux dernières municipales de Montpellier, livrera une autre version. « Je l’ai appris en septembre 2015, quelques mois avant les régionales. A l’époque, il ne fallait pas le répandre, il y avait l’enjeu des investitures. Mais je reconnais que cette nouvelle a été l’objet d’une rupture avec France », explique le conseiller municipal qui n’a jamais été encarté dans la formation politique de Marine Le Pen.

Mais pour France Jamet, il n’y avait aucune raison particulière à communiquer sur cette fonction. « Je suis ni députée, ni ministre », rappelle-t-elle au d’Oc comme pour expliquer un éventuel déficit de transparence. Selon l’élue, « c’est moins existentiel qu’un mandat avec l’onction démocratique. Dans l’absolu, la politique c’est une chose mais le reste, c’est confidentiel. Ce n’est pas parce qu’on fait de la politique que l’on doit permettre à n’importe qui de mettre son nez n’importe où. Moi, je suis droite dans mes bottes ». Et de détailler : Parce que c’est l’air du temps, on doit se soumettre à des interrogatoires de flics. La transparence n’exige pas de se dénuder ni de s’exhiber. (…) Les organismes comme Anticor ont été créés pour empêcher le Front national d’accéder au pouvoir ». Cet emploi était une ressource complémentaire à un cumul de mandats qui lui permettaient pourtant de bénéficier au minimum de 2 500€ par mois d’indemnités. « Je ne vis pas de mes mandats, j’ai un crédit immobilier, ma voiture à crédit, mon téléphone à crédit, je ne vis pas sur un grand train de vie. Ce que les citoyens veulent, ce sont des élus qui travaillent avec un statut de l’élu », commente la frontiste.

 

L’emploi de France Jamet était-il fictif ?

 

Au moment où L’Obs révèle qu’une « vingtaine d’assistants, en tout, sont soupçonnés d’avoir été payés par le Parlement, avec l’argent des contribuables européens, alors qu’ils étaient au service du Front national au siège du parti, à Nanterre », une question se pose : l’emploi de France Jamet auprès de l’eurodéputée était-il fictif ?

Tout d’abord, il faut savoir que Joëlle Mélin ne possède pas de permanence dans le Sud-Ouest alors qu’elle a été élue, en mai 2014, sur cette circonscription qui regroupe les anciennes régions Aquitaine, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Or, la parlementaire siège dans l’opposition municipale à Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, en région Paca, sur la circonscription européenne du Sud-Est. Un handicap certain surtout quand France Jamet reconnaît qu’elle n’avait pas la possibilité « de se déplacer régulièrement sur Aubagne ».

Ensuite, France Jamet et Joëlle Mélin ne se sont jamais affichées ensemble publiquement dans l’Hérault sur un évènement susceptible de concerner l’eurodéputée.

Dans ce contexte, que faisait donc France Jamet dans le cadre de son activité professionnelle pour les intérêts de la parlementaire ? Il s’agissait de « relayer son action : tu fais tout, comme du lobbying. Tu facilites la mise en relation », explique-t-elle, mais « pratiquement pas avec la presse ». Et de compléter sans livrer d’exemples précis : « J’ai organisé, pour elle et avec elle, des réunions sur des sujets nationaux, des déplacements en Midi-Pyrénées, dans l’Aquitaine ». La baronne régionale du FN ne s’est jamais investie dans la promotion de l’exercice parlementaire de sa députée sur les réseaux sociaux, elle qui est pourtant si prompte à relater ses propres prises de position ou celles de Marine Le Pen.

Djamel Boumaaz, qui a collaboré pendant deux ans avec France Jamet à la Ville de Montpellier et à la métropole, lui, ne l’a jamais vue s’occuper des affaires de Joëlle Mélin. Pour l’élu, « c’est un moyen d’aller à la gamelle. Elle dénonce un système qu’elle entretient. C’est les copines et les coquines », témoigne le salarié de la Tam (Transports publics de la métropole).

Autre interrogation : comment France Jamet, reconnue par plusieurs observateurs comme une élue qui « s’implique et travaille ses dossiers » trouvait-elle le temps de s’investir pour sa députée avec le même engagement ? Réponse de l’intéressée : «Il suffit d’être une super woman ! » Selon elle, c’est avant tout une question d’organisation. « Les affaires de La Ville de Montpellier et de la métropole tombent dans la même séquence.  Pendant une semaine, on s’en prend plein la tête mais une fois que c’est passé, c’est passé. Pareil pour la Région où nous avons 12 jours pour prendre connaissance des dossiers. Le bureau politique du FN a lieu une fois par mois ».

Consciente des difficultés à mener toutes ces fonctions de front, France Jamet aurait mis un terme à son contrat en décembre 2016. « Ce que je n’avais pas prévu, c’est que la présidence du groupe me demanderait un investissement beaucoup plus important. Je pensais que sa circonscription (celle de Joëlle Mélin, ndlr) faciliterait mon activité mais ça n’a pas été le cas. Au fur et à mesure, je suis passée d’un temps plein, à un trois quart temps, puis à un mi-temps avant d’arrêter », déclare-t-elle aujourd’hui. Mais en 2013, avant de signer son contrat avec Joëlle Mélin, ainsi qu’en 2014 et 2015, France Jamet était déjà présidente du groupe FN au Conseil régional Languedoc-Roussillon.  Mais « ça n’avait rien à voir. On ne dirige pas un groupe de 10 avec deux collaborateurs et un groupe de 40 avec sept, bientôt huit salariés. Il y a une somme de travail inédite », se défend celle qui évolue désormais dans la nouvelle Région Occitanie.

A ce jour, le Parlement européen recense toujours France Jamet comme étant l’assistante locale de l’eurodéputée Joëlle Mélin.

Benjamin Téoule

 

 

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