A mi-mandat, la droite montpelliéraine sur la brèche

Certains expliqueront qu’il ne s’agit que de chicayas entre égos mal placés. Mais bien plus qu’un psychodrame, l’accrochage entre Jacques Domergue (à gauche de la photo), président du groupe LR à la Ville de Montpellier, et Alex Larue (à droite de la photo), incarnation du renouvellement de la droite locale, illustre toutes les difficultés pour le parti Les républicains à émerger dans la capitale héraultaise.

Affaiblie aux départementales (un seul ticket placé au second tour sur cinq cantons montpelliérains), balayée aux régionales (terminant à chaque fois, au premier et au second tour, loin derrière le Front national), la droite montpelliéraine se serait bien passée de cet épisode.
 
Car dans le groupe qui siège à la mairie de Montpellier, rien ne va plus entre Jacques Domergue, 63 ans, et Alex Larue, 43 ans. Au regard des tensions actuelles, difficile de croire qu’il y a trois ans, le premier menait la bataille des municipales pour l’UMP avec le second sur sa liste, en troisième position.
Vendredi 17 février, les deux élus ont quitté leur réunion préparatoire pour le conseil municipal du 23 en s’échangeant des noms d’oiseaux. Selon nos informations, Jacques Domergue a réaffirmé sa volonté de partir aux législatives en dissidence sur la première circonscription de l’Hérault (Palavas, Lattes, Villeneuve-les-Maguelone), évoquant même un accord avec la centriste Anne Brissaud pour la fonction de suppléante. L’ancien directeur de l’Institut du cancer (ICM) persiste donc dans le désir de se présenter à la députation alors que l’investiture a été attribuée à Joseph Francis, président de l’UDI départemental au détriment de… Christine Domergue. L’ambition assumée de Jacques Domergue a donc rendu furieux Alex Larue, proche du patron des centristes héraultais.
L’épisode orageux aurait pu se refermer sur le bruit d’un claquement des portes. Il n’en fut rien…
 
Pour Alex Larue, le conseil de Métropole du 22 février a signé une forme de rupture. Absent ce soir-là, l’avocat d’affaires apprend que ses compagnons Jacques Domergue et Gérard Lannelongue ont validé le budget proposé par la gouvernance de Philippe Saurel (DvG), laissant le Front national représenté par France Jamet s’abstenir et se démarquer de toutes les autres forces politiques. « Le vote du budget est l’acte politique majeur de l’année d’une collectivité et en conséquence conditionne le positionnement d’un élu par rapport à sa majorité », écrit Alex Larue dans un communiqué de presse. Et de poursuivre en se désolidarisant du vote : « Nos électeurs nous ont donné le mandat impératif de nous opposer, certes de façon éclairée, mais en tout cas de ne pas cautionner. Nous ne sommes plus en début de mandat et nous ne pouvons plus nous contenter d’incantations et de déclarations d’intention. L’excuse de l’absence d’augmentation des taux d’imposition ne peut masquer l’absence de vision et de projet. Par ailleurs la moindre des politesses quand on ne fait rien de majeur, est de ne pas augmenter les impôts. (…) Ce qui décrédibilise l’action politique aux yeux des citoyens, c’est la capacité de certains élus à s’affranchir du mandat donné par les électeurs ». De son côté, sur les réseaux sociaux, Jacques Domergue lui a répondu. « Si A Larue (Sic) avait été présent, il se serait peut-être rendu compte des efforts faits par la Métropole pour assurer une gestion rigoureuse de notre budget… Sauf à être sous influence d’esprits malveillants ou à faire preuve d’incompétence, le vote du budget était nécessaire ». Jacques Domergue, à propos de son homologue qui incarne le renouvellement de la droite locale, évoque même l’hypothèse d’une volonté de se singulariser.
Ces crispations interviennent dans le même temps où la rumeur circule selon laquelle une majorité d’élus du groupe municipal pourrait prochainement remettre en cause la présidence de Jacques Domergue. Rare dans ses prises de parole pendant les deux premières années de la mandature, puis investi vainement dans la sauvegarde de son poste en tant que directeur de Val d’Aurelles, l’élu qui menace désormais de partir en dissidence à l’élection de Juin agace plusieurs membres de son parti. Dans un communiqué, le conseiller municipal Les Républicains Christian Dumont met les pieds dans le plat. « Si Jacques Domergue est candidat aux législatives en dehors du parti alors il faudra nécessairement revoir la gouvernance du groupe ». Alors la réaction d’Alex Larue serait-elle motivée par des intérêts personnels ? « Mon intervention est décorrélée de la question du leadership. J’interviens sur le positionnement politique : est-ce que Jacques Domergue appartient à la majorité de Philippe Saurel ? », a-t-il répondu au d’Oc en fin de journée.
A trois ans des prochaines municipales, la droite montpelliéraine devra rapidement sortir de cette impasse si elle souhaite envisager l’espoir de reconquérir l’Hôtel de Ville, quarante ans après l’avoir perdu au profit de feu Georges Frêche.
 
Benjamin Téoule
Contacté par téléphone, Le d’Oc n’a pas réussi à s’entretenir avec Jacques Domergue malgré un message vocal.      
 
 

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