Tour d'Assas : le relogement des habitants attendra encore…

Construit en 1969 sur 80 mètres de haut, cet immeuble emblématique de la Paillade, situé au Nord-Ouest de Montpellier, abrite des locataires exaspérés. Depuis des années, ils écoutent vainement les promesses de démolition d’une tour dégradée et de relogement. Représentés par un collectif né en 2015, ils attendent désormais des réponses claires de la part des pouvoirs publics.
Mais alors que la préfecture de l’Hérault confirme au d’Oc que la démolition de l’édifice est actée, la mairie et ACM Habitat  continuent, eux, d’entretenir l’ambiguïté quitte à maintenir les investissements. ,

Cérémonie des vœux ACM Habitat – mardi 17 janvier 2017. Alors que le maire de Montpellier, Philippe Saurel, détaille le projet Anru 2 (Agence nationale pour la rénovation urbaine) sur le quartier de la Mosson, l’édile se contente d’annoncer « des interventions sur la tour d’Assas ».
Pas un mot sur le sujet, trois semaines plus tard, lors de la visite de presse sur le chantier de démolition de la tour d’Alembert (Hauts-de-Massane) en présence du préfet de l’Hérault, Pierre Pouëssel. Le dossier de la tour d’Assas serait-il tabou ?
 
« On veut une réponse claire et nette. […] Est-ce que la tour va être détruite ou pas ? Quand ? […] Qu’en est-il de nous ? Est ce qu’on va être relogés rapidement  ? », questionne Houria Faraha, membre du collectif de la tour d’Assas, dans le film Le droit de vivre décemment co-réalisé par l’association Les ziconophages.
 
Comme d’autres documentaires, ce court-métrage témoigne des problèmes de sécurité dans la tour, il montre les matières fécales qui inondent les appartements, les fissures, les cafards, les traces d’humidité… La situation alarmante est bien connue des autorités. Mais le film relève également les difficultés de communication entre les  habitants et les institutions publiques (Préfecture, mairie, ACM).

Quand Le d’Oc interroge la préfecture, celle-ci nous certifie que « le protocole de préfiguration des quartiers Mosson et Cévennes, signé le 16 décembre 2016, a effectivement acté la démolition de la tour d’Assas dans le cadre du réaménagement du quartier Mosson. » Un protocole signé par le bailleur socoal ACM Habitat.
 
Comment expliquer alors que Robert Cotte, vice-président d’ACM Habitat, questionné par le collectif d’habitants le 5 décembre dernier, se révèle beaucoup plus ambigu sur le sort de la tour  : « Ou elle va être détruite, ou il va falloir faire une réhabilitation de fond en comble […] Les décisions se prendront au terme des études, fin 2018. »
 
Une version confirmée mi-janvier par Claudine Frêche, directrice générale d’ACM Habitat, qui déclare, catégorique, que la démolition de la tour n’apparaît « pas dans les dossiers préfigurateurs. […] Pour le moment la tour d’Assas, ce n’est pas à l’ordre du jour. »
 
Et Philippe Saurel d’aller dans le même sens : « On n’est pas du tout contre […] mais rien n’est encore fait ! ». C’est pourtant bien lui qui, en qualité de maire de Montpellier, président de la métropole et président d’ACM Habitat, a signé le protocole de préfiguration en décembre dernier.
 
Pour étayer son propos, Claudine Frêche parle même de « deux ans d’études de l’Anru », renvoyant, comme Robert Cotte, la décision à fin 2018. La préfecture, elle, évoque une « étude de faisabilité technique de sa démolition […] portée par le bailleur social ACM » d’une durée prévue de « six mois ». Elle précise néanmoins que : « les travaux de démolition ne débuteront qu'[…] à l’issue du protocole de préfiguration (décembre 2018) »
 
« La préfecture et la mairie se renvoient la balle […] la mairie nous ment pour ne pas nous reloger », analyse Karima Äit Ahmid, membre du collectif qui exige le relogement prioritaire des habitants de la tour.
 
Car le fait que la démolition ne puisse pas débuter avant décembre 2018 n’empêche cependant pas ACM Habitat de reloger les 99 familles, dont une très grande majorité est candidate au départ, puisque la démolition est actée.
 
Pour ne pas laisser penser qu’il se détournerait du sort de ses locataires, le bailleur assure même « avoir, cette année (2016) investi un million d’euros dans des travaux de rénovation et d’entretien de la tour » (Midi libre 14/12/16). Sauf que, précisions demandées à ACM, l’entretien courant de la tour se chiffrerait « entre 800 000 et 1 million d’euros par an ».
 
En comptant le délais de deux ans annoncé par le bailleur plus le temps du relogement – en guise de comparaison la tour d’Alembert habitée selon Robert Cottte par « 98 familles » aura été vidée en un an – cela représenterait un investissement évalué entre 2,4 et 3 millions d’euros pour une tour, déjà vouée à la démolition.
 
Lucie Lecherbonnier
avec l’association pour le logement Habiter enfin, les Ziconophages et la radio Divergence FM.
 
 
(Les Ziconophages est une association utilisant l’outil audiovisuel comme interface de médiation sociale entre les habitants d’un quartier, par exemple, et les acteurs institutionnels. Le second volet de ce film sera diffusé au diagonal le 14 mars)
 

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